S'il te plaît, apprivoise-moi…

 

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Le 18 avril de l’an 2000, mon ami Garcimore a traversé le miroir et est arrivé au Paradis, celui des éternels enfants, des naïfs, des tendres, des poètes et des magiciens de génie. Croyez-moi, il y mit aussitôt une joyeuse folie, un bazar de tous les diables ! Saint Pierre crut qu’il avait perdu ses clés. Il les retrouva dans la mitre d’un évêque avec le sonotone d’un cardinal.  José transforma les auréoles des uns et des autres en anneaux olympiques. Il changea les nuages en polochons cotonneux. Quant à l’Esprit Saint, on crut bien qu’il l’avait fait disparaître dans la volière de  ses colombes.

Quand il rendit la vue aux paralytiques et fit marcher le chien de Bernard sur les os, le Big Boss lui-même éclata de rire. Saint Glinglin se fit sonner les cloches, saint Pantaléon dut remettre sa culotte à l’endroit. Sainte Anne se mit à braire, sainte Marguerite et sainte Rita à faire des pizzas.

Un tour de cartes par ci, un coup de baguette magique par là et plus personne n’y retrouva plus ses petits. Mais, vous pensez bien, les anges et tous les saints ne se fachèrent pas, tout au contraire. Car il faut bien l’avouer, au Paradis, on s’ennuie un peu… 

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Le Paradis, c’est certes tous frais payés et d’une incomparable douceur avec un groom service qui prévient vos moindres désirs mais , à la longue… Ca finit par ne pas être drôle que de réaliser toutes ses envies, et encore seulement des envies très catholiques donc pas forcément les plus amusantes. J’ai envie de pain béni, ça oui, mais dès qu’on veut donner dans le baba au rhum, le saint honoré crémeux ou la religieuse au café, ça commence à tousser… Imaginez pour une bouteille de téquila, un baril de mojito ou un tonneau cul sec de whisky zéro coca… Eau bénite à volonté…. Et pas moyen de transformer l’eau en vin comme le fils du patron! 

Les anges et tous les saints étaient ravis  mais un peu déconcertés de voir un prestidigitateur aussi talentueux, un magicien éblouissant, toujours en train de mettre en oeuvre des idées nouvelles, plus surprenantes les unes que les autres. C’était l’occasion où jamais d’être étonné, stupéfait, ébloui par un savoir-faire particulièrement pointu et pourtant attendrissant, délicieusement enfantin. La gentillesse de Garcimore, sa simplicité, son humilité absolue faisaient tomber les barrières des plus grincheux, des plus récalcitrants, des plus sceptiques et des plus allergiques à l’inexplicable et  au mystérieux.

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Ses complices de toujours étaient avec lui: la chienne Dolly, la chouette, le chinchilla et les inséparables souris Tac et Tac-tac. Sans compter leurs doubles et remplaçants. Pour un peu, on aurait crû que José avait un ou deux frères jumeaux à force de se démultiplier et de multiplier les miracles. La multiplication des pains, ce n’était pas lui mais  n’avait-il qu’adapté ce tour du fils du Grand Manitou? Mystère, mystère…

La ménagerie de Garcimore n’avait rien à envier à l’arche de Noé. A croire aussi qu’ils avaient les mêmes dons  que leur maître. Vous placiez un lapin et une carotte  dans le chapeau haut de forme et un…deux… trois : il ne restait plus que le lapin! Etonnant, non? Trois, deux, un… Cette fois le lapin avait disparu et seule restait une carotte géante. Mieux qu’Harry Potter!

 

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Mais il n’y a pas qu’au ciel que mon ami a tout mis dessus dessous. Au cimetière du Gué-de-Longroi où il ne repose pas, il fait rire tous ses voisins et toutes ses voisines, en se déguisant en fantôme. C’est pourquoi vous aurez du mal à trouver sa sépulture. Peut-être n’a-t-il pas voulu par pure modestie une oeuvre monumentale. A moins qu’il n’ait choisi de pouvoir s’échapper ainsi plus facilement , préférant un carré d’herbe et de graminées sauvages au marbre froid et aux fleurs artificielles en bouquet. 

Si on ne le voit pas, on l’entend parfois: les soirs d’orage, il offre un concert de tuba, son instrument de prédilection. Car José était d’abord et avant tout un musicien, ce que le grand public ne sait guère. Il a même fait partie de l’orchestre de Madrid. Il s’est converti à la magie pour pouvoir découvrir le monde sans apprendre les langues. Il n’est jamais allé plus loin que Paris et a conquis les foules avec ses tours de passe-passe et un vocabulaire limité, mais avec l’authentique magie qui lui est propre. Son délicieux accent, lui, n’a jamais disparu. Il paraît que, par contagion, plus d’un saint a pris son accent…

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Il a  révolutionné la magie. Avant lui, elle se faisait en frac, haut de forme et gants blancs. Lui, il l’a rendue « décontrastée » parce que « des fois, ça marche, des fois, ça marche pas! ». En fait, ça marchait toujours et il travaillait beaucoup dans ses capharnaüms pour préparer des surprises les plus stupéfiantes les unes que les autres. Faire simple, accessible, c’est très compliqué. L’improvisation, encore plus. A moins de la préparer, de la préparer encore, de passer son temps à répéter et faire comme si… Alors: « ché magic! »

Ce matin, devant ma glace, j’ai entendu un air de tuba à l’accent espagnol. Il était là. Il était là et avait volé mon reflet. Ca le faisait rire et moi aussi. 

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Commentaires sur: "Nouvelles beauceronnes n°20: Le magicien du Gué-de-Longroi" (1)

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