S'il te plaît, apprivoise-moi…


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Le Père Noël est une ordure, n’en doutez pas, un escroc, un imposteur, un minus habeas. Méfiez-vous de lui comme de la peste et du choléra. Ne lui ouvrez surtout pas la porte, d’autant plus que ce salaud est un monte-en-l’air qui passe par les cheminées et même les conduits de radiateur!  Verrouillez-vous à triple tour, piègez vos fenêtres, mettez des alarmes, des détecteurs de présence pour empêcher toute intrusion de l’autre fumier. 

S’il offre des bonbons à vos enfants, sortez le fusil: c’est un dangereux repris de justice condamné et récidiviste pour incitation à la débauche papillaire. Refusez tout colis suspect et tout cadeau empoisonné. Souvenez-vous du sage principe grec: Timeo Danaos et dona ferentes : Je me méfie des Grecs et de leurs cadeaux, en l’occurrence du cheval de Troie « cadeau » qui permit aux Grecs d’entrer par ruse dans l’imprenable cité de Troie,  rasée par la suite…

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Il avait pourtant un boulot pépère et prestigieux, mais figurez-vous que le véritable Père Noël a fini par en avoir ras le bonnet des mioches et de leurs caprices, de la gymnastique infernale pour faire du traîneau à six ruminants aussi élégants qu’idiots, sans compter les descentes et les montées en rappel dans les tuyaux comme un vulgaire petit ramoneur! Il en avait eu sa claque et sombrait tous les jours un peu plus dans la dépression et la bière de Noël. Au point que les autorités concernées cherchèrent un Père Noël par intérim, en attendant que celui-ci revienne à la raison et à l’eau gazeuse. 

Il n’y eut pas tant de candidats que cela pour prendre le poste. Ce n’était pas mal payé mais les contraintes étaient aussi lourdes que les paquets dans le traîneau. Seul un candidat fit l’affaire, un certain Périclès Noël: ça se s’invente pas. Il était chauffeur-livreur de pizzas, un plus essentiel car il faut bien l’avouer, le job est surtout un travail de coursier et de chauffeur-livreur. Il avait un fort accent corse mais il n’était pas là pour faire la conversation. Il avait déjà gardé des chèvres et l’on en déduisit qu’il pourrait venir à bout d’une demi-douzaine de rennes. Pour le physique, il était bien un peu gringalet et portait une barbe qui aurait plutôt convenu à un bouc. Mais on n’allait tout de même s’arrêter là pour si peu. On rembourrerait la houppelande et on ajouterait  des postiches.

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Seul petit problème: Périclès Noël avait une haleine de renne, de phoque ou de tout autre animal pue-de-la- gueule. Comme il fumait comme une caserne de sapeurs-pompiers, il refoulait du goulot une odeur de tabac froid absolument immonde. Pas une mouche ne serait approchée à moins de dix mètres pour avoir une chance de survivre. Pas sûr , dans ces conditions, que les marmots ne prennent pas leurs jambes à leurs cous, ne se cachent dans un trou de souris ou ne se laissent pousser des ailes, histoire de fuir la fétide haleine ennemie… Certes, on peut se mettre du pshitt-pshitt parfumé à l’essence d’aloé vera ou à la menthe poivrée de Mongolie mais il aurait fallu prévoir un chariot supplémentaire pour avoir assez de bombes aérosols sous la main. 

Autre petit problème pour lequel trouver une solution était encore plus délicat: Périclès Noël avait un rire suraigu de crécelle asthmatique. Et il riait pour un oui, pour un non, pour un peut-être, et surtout pour rien du tout. Ce rire d’idiot du village finissait par mettre tout le monde mal à l’aise. Au premier essai, l’attelage des rennes s’était emballé, par une peur irrationnelle d’un son inconnu et plus ou moins démoniaque. C’est dire qu’avec un tel Père Noël , cette tournée s’annonçait plutôt mal barrée et, de ce côté-là, on n’a pas été déçu.

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Ah, j’allais oublier: il portait des tatouages jusqu’au bout de chaque doigt et un truculent « Mort aux vaches! » qui l’obligerait à ne pas enlever ses gants. Son costume très couvrant permettait de dissimuler aussi toutes ces marques indélébiles mais, au total, Noël Péricles flottait dans le costume et ses 45 kilos , barbe comprise,  laissaient à penser qu’il avait attrapé une saloperie avec une lapone à vertu réduite . Mais il fallut bien, cette année-là, faire bon gré contre mauvaise fortune. Après tout, il ne s’agissait que d’un travail de représentation et de livraison expresse pour une journée et une nuit. Il serait épaulé par une armée de lutins recrutés en Chine pour des raisons d’économie. Seuls les rennes avaient été reconduits dans leur fonction, toujours aussi bêtes à manger du foin, mais tellement élégants…

Cette tournée du Noël Périclès commença par d’inévitables séances photos dans les galeries commerciales. Combien de fois s’est-il fait rembarrer en demandant benoîtement : « Alors qu’est ce que tu veux comme cadeau cette année?  » Que de scepticisme dans les yeux des marmots qui s’étaient appliqués à recopier des listes longues comme le bras la semaine précédente… A croire qu’il ne savait pas lire ou qu’il avait la même mémoire gruyère que mamie… Les gosses, c’est impitoyable… Ils l’étaient encore plus quand ce Père Noël-là tentait de faire du troc ou du chantage, de les rabaisser en leur parlant de leurs résultats scolaires insuffisants ou en leur rappelant de manière incongrue les incivilités et autres actes répréhensibles comme le jour où ils avaient attaché une casserole à la queue de Minou ou caché les lorgnons de Grand Papa dans le vide-ordures. Eh oui, tous les enfants ne peuvent pas être des enfants modèles, des parangons de vertu et de sagesse…

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Mais Noël Péricles se montrait aussi fort injuste en favorisant les chenapans pour qui il avait une tendresse particulière: ça lui rappelait sa jeunesse particulièrement agitée. Il faisait aussi des propositions plus ou moins douteuses du genre: « Si ta mère m’achète une photo, tu auras plein de bonbecs. Si elle m’en prend deux, tu trouveras ton jeu video préféré dans ton petit soulier. Si tu me donnes le numéro de portable de ta jolie maman, tu auras carrément la dernière console que tous te copains t’envieront. » Noël Périclès était aussi porté sur tout ce qui portait jupe ou robe courte, talons aiguilles, voire porte-jarretelles en dentelles. Et il insistait pour que les mères accompagnassent leur mouflet sur la photo, chacun sur un de ses genoux… Il évita de justesse quelques baffes pour avoir rendu hommage à quelques postérieurs trop mignons. La présence des enfants permit aussi d’éviter des scandales publics… Il était plus que temps que Périclès Noël prenne son traîneau à son cou et aille livrer illico une montagne de paquets.

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Impeccable comme chauffeur . Il prenait un malin plaisir à mener le traîneau à fond de train qui, pour l’heure, ne traînait pas du tout et risquait tout juste de se désarticuler à force d’être au maximum. Il crevait les rennes qui commençaient à en avoir plein les sabots et ruminaient une vengeance. Ca dérapait dans les virages, accélérait de nouveau à la Hussein Bolt : ça, pour tenir les délais, on tiendrait les délais, en tirant la langue. Et même une double ration de picotin ne pouvait apaiser la colère des cervidés qui en avaient plus que ras les bois.

Comme livreur, Périclès Noël, compte tenu de son gabarit, n’avait aucun mal à faire des descentes et des remontées de cheminées. Il en profitait pour se gaver de petits gâteaux et autres sucreries que les enfants avaient laissé à son intention, histoire de s’attirer ses bonnes grâces. En revanche, il délaissait le verre de lait et furetait un peu partout, histoire de trouver un petit remontant qui l’aiderait sûrement à ressortir par le canal cheminée. Et de songer à une reconversion lucrative comme ramoneur, compte-tenu du nombre de propriétaires négligents qui laissaient la suie s’accumuler. ..

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Les choses se gâtèrent définitivement en fin de tournée, plus précisément dans le petit village breton de Ker Breitz, entre Vannes et Saint Malo.  Les rennes étaient sur les dents, transpirant comme des boeufs de boucherie se rendant à l’abattoir. Péricles Noël était heureux d’en avoir presque fini et de pouvoir aller se pieuter dans son lit douillet. Encore quelques cheminées à se farcir et ce serait la quille. Il avait mis de côté quelques cadeaux trop sympas et qu’il n’aurait jamais pu se payer, à toutes fins utiles. Allez, zou, encore une  descente en rappel mais, à mi-hauteur du conduit, impossible de passer. C’était bouché. C’était bouché et ça râlait! Finalement, ça se dégagea et on atterrit tant bien que mal au pied de la cheminée et du sapin.

Et là, ô surprise! Périclès Noël se trouva nez à nez avec deux autres individus éminemment suspects, Santa Klaus et Saint Nicolas! 

  • -Qu’est-ce que tu fiches là, Klaus Barbie ? Ici, c’est mon secteur. Retourne chez toi avant que je te lâche les rennes au cul!
  • -…
  • -Et toi, tu m’as l’air autant saint Nicolas que moi la Princesses de Clèves. Tu as plutôt la tête de Pervère Pépère…
  • -Ne te fâche pas comme ça. D’ailleurs, on se connaît, non?
  • -D’où ça on se connaît?
  • -De Fleury.
  • -Fleury-Mérogis? 
  • -On était voisins de chambrée…
  • -Maintenant que tu me le dis… Ta tête, en effet, ne m’est pas inconnue. Mais j’en ai visité un certain nombre de zonzons: à force, je confonds…
  •  -Moi, j’ai aussi fait Fleury mais surtout Borgo en Corse et Andenne et Virton en Belgique. Saint Nicolas ça voyage. Fleury, ça craint…
  • -Eh bien compagnons de galère et d’infortune, je vous propose de fêter ça! Noël, c’est sacré. C’est moi qui régale: on va bien trouver de quoi se rincer le gosier ici…

Ils trouvèrent. Pour trouver, ils trouvèrent et surtout ils vidèrent, ils éclusèrent jusqu’à plus soif. Si bien que le lendemain matin, les propriétaires trouvèrent , à leur tour, le trio d’ivrognes dans un état semi-comateux, ronflant comme des sonneurs. Il n’y eut aucune pitié eu égard à leurs statuts d’autant qu’ils avaient sali la moquette en vomissant un peu partout. La cavalerie en bleu embarqua les complices qui passèrent le reste de la journée en cellule de dégrisement. En comparution immédiate, ils furent condamnés à rembourser  et purent récidiver pour le début janvier en se faisant passer pour … les Rois Mages! Méfiez-vous donc du Père Noël mais aussi des Mages : ce sont aussi eux qui apportent des cadeaux. S’ils se gavent de galettes et monnayent des fèves, n’hésitez pas à les neutraliser, par précaution, sur le moindre doute: on n’est jamais assez prudents… Ce sont les mêmes qui vous proposent ensuite des crédits gratuits et revolving. On commence avec une boîte de cachous à la sortie de l’école et on ne peut jamais savoir où ça s’arrête…

Commentaires sur: "Conte de Noël 2016 n°6: Méfiez-vous du Père Noël!" (1)

  1. heureusement le Père -noël n’a jamais pointé le nez dans ma famille, de toute façon nous avions d’immenses cheminées de granit à saint-malo, ou nous faisions d’immenses feux ou le père noël aurait grillé comme un porc!

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