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Archives de la catégorie ‘Interviews’

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Image du jour: « La sieste, c’est la sieste! »

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Interview expresse d’Olivier Cojan pour son « Le Pays où vont mourir les rêves » (Ella éditions)


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1: »Le Pays où vont mourir les rêves » est  un délicieux titre qui renvoie à quel pays? Et pourquoi ces rêves vont mourir. En plus clair, pourquoi ce joli titre? 

Olivier Cojan: D’abord parce que je le trouve beau et chargé de toute ma nostalgie. Plus sérieusement, j’appartiens à cette génération qui a beaucoup rêvé dans les années qui ont suivi mai 68. A près de cinquante années de distance, il semble bien que beaucoup de nos rêves aient pris l’eau. Beaucoup des rêves de ces années-là n’étaient que l’aboutissement d’aspirations plus anciennes portées par les deux ou trois générations qui nous avaient précédés. Même s’ils ont dû faire face à de terribles épreuves nos parents comme nos grands-parents ont aussi porté et nourri ces rêves d’un monde meilleur, plus juste, plus joyeux, plus chargé d’espérance, en un mot plus heureux.
Nous en sommes aujourd’hui à la fin des illusions. Les rêves se sont fracassés sur le mur de la réalité. L’humanisme, la générosité, la fraternité et même l’hédonisme ne font plus recette. Les uns après les autres, nous avons vu les rêves mourir, là, sous nos yeux, dans notre pays. Métaphoriquement « Le Pays où vont mourir les rêves » c’est le nôtre, notre France qui parvenue au terme d’un chapitre de sa très longue histoire peine à en ouvrir un nouveau, lui-même porteur d’autres rêves et d’un nouvel enthousiasme…
J’ajoute qu’il m’arrive encore de temps en temps d’écouter Eva – une chanteuse oubliée des années 70. Sa chanson « Où s’en vont mourir les rêves… » m’émeut toujours et ressuscite cet autrefois de ma jeunesse….

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2/ Quel est votre projet global car ce volume n’est que le premier de ce qu’on peut peut-être appeler une saga? Où en est cette saga justement. Quand paraîtra le second volume et avec quel titre?

Olivier Cojan: J’ai le projet de raconter le XXe siècle. A ma façon bien sûr, et tel que je le vois et je le ressens. Je fais naître les deux personnages centraux du livre en 1898 et je vais les emmener Jusqu’en 1989, jusqu’à la chute du mur de Berlin qui clos un chapitre de l’histoire européenne – disons de la tragédie ou du suicide européen. La saga « Le pays où vont mourir les rêves » se déclinera en six volumes. Dernières nouvelles du monde 1898 – 1914 en est le premier volet. Le second volume N’oublie jamais… 1914 – 1919 paraîtra début septembre. Le troisième épisode De toutes nos forces ! 1926 1938 qui est écrit devrait paraître au printemps 2017. Je suis en train de travailler sur Ainsi finit la nuit 1940 -1946 qui pourrait paraître à l’automne 2017. Les deux derniers volumes Le partage des vivants 1948 – 1964 et Cours, Cours Camarade 1968 – 1989 ne sont encore qu’à l’état de notes et de références de documentation.

3/ Qu’avez vous voulu monter sur cette période du début du XXème siècle (1898-1914)? Ce n’est pas à proprement un roman historique mais romancé , complètement crédible et vivant: quelle est la part de l’invention dans vos personnages? 

Olivier Cojan: Je ne veux rien montrer ni démontrer. Je raconte une histoire sociale dans l’Histoire avec un grand H telle qu’elle m’apparaît aujourd’hui. Au contraire des historiens qui tendent vers l’objectivité, je revendique ma subjectivité. Je parle du monde de la « belle époque » tel que je l’imagine, âpre, dur et impitoyable avec les faibles : une société de castes rigides mais travaillée par l’aspiration à un monde meilleur. Parce que j’arrive à un âge où il est sage de revenir avec un esprit apaisé sur tout ce qu’on a vécu et tout ce qu’on a lu ou observé, j’ai pu bâtir ce récit où se mêlent les luttes sociales, le combat politique et les passions amoureuses. Sans en avoir l’intention délibérée, j’ai mis dans ce roman ceux que j’ai connus et aimés et d’autres personnages que j’ai recomposés à partir d’hommes ou de femmes que j’ai côtoyés à des moments particuliers de ma vie. J’ai surtout travaillé à partir d’un territoire que je connais bien et qui m’a inspiré. Et puis il y a l’accumulation de toutes les lectures qui ont nourri mon imaginaire depuis des dizaines d’années… On n’invente jamais rien quand on écrit : on ne fait jamais que d’infinies variations sur des thèmes anciens… « On fait du neuf avec du vieux » comme aurait dit Léontine ce personnage du livre qui ressemble tant à ma grand-mère que dans mon esprit elles se confondent…

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4/ Quels sont les romanciers qui vous ont le plus marqués? Il y a en at-il qui vous ont inspiré pour construire votre roman comme Maurice Druon pour les Rois Maudits. On pense par moments aux Rougon-Macquart de Zola: vous vous sentez une parenté avec ces auteurs? 

Olivier Cojan: L’œuvre de Zola est une somme. Elle est inépuisable et inimitable. Il serait très prétentieux d’établir une quelconque parenté entre nous, il reste pour moi un modèle indépassable et inimitable. Je me réfèrerais plutôt à d’autres lectures adolescentes peut-être plus modestes : à Martin du Gard, à Mazo de la Roche, aux sagas familiales de Troyat ou encore à Guerre et Paix de Tolstoï. Plus tard je me suis frotté aux Buddenbrook de Thomas Mann ou au Guépard de Lampedusa et à bien d’autres dont les noms ne reviennent pas à l’esprit dans l’instant où je réponds à vos questions. Mais pour moi, le livre fondateur, le socle de mon travail reste le « Cent ans de solitude » de Garcia-Marquez. Il s’agit là aussi d’une somme qu’il faut lire et relire sans cesse sans jamais espérer en épuiser toute la richesse. L’écoulement du temps y est palpable, et génère une construction subtile que je ne prétends pas copier mais qui m’a inspirée. Qu’elles soient écrites par de grands auteurs ou par des écrivains plus besogneux et modestes, la matière principale de toutes les sagas reste toujours le temps. Le temps qui passe et qui nourrit notre nostalgie avant de nous emmener vers l’oubli.

5/ Quand et comment vous a pris la passion de l’Histoire? Vous avez obtenu avec ce livre le Prix du Manuscrit de Beauce et Dunois 2015: c’est plus qu’un encouragement, non?

Olivier Cojan: Je ne crois pas qu’on ait jamais la passion de l’histoire : on a plus ou moins conscience du défilement du temps. Et pour moi ce temps passé n’est pas habité que de fantômes, il est incarné. Aussi loin que puisse porter mon souvenir j’ai toujours eu cette perception d’une époque qui n’était pas close mais qui demeurait vivante et dans laquelle on pouvait musarder. Car le monde est beaucoup plus immobile qu’il y parait. On dispose de moyens de communication fabuleux et de possibilités techniques encore inimaginables au début du XXe siècle, mais sommes-nous meilleurs, usons-nous plus subtilement de notre intelligence, de notre raison, de notre capacité à juger du bien comme du mal ? Les luttes pour le pouvoir ou pour acquérir la richesse et la puissance restent féroces. Rien ne change vraiment. Comme l’écrit Erri de Lucas on peut se battre pour la liberté, on peut lutter pour l’égalité mais la fraternité ne relève pas du combat, il faut la faire émerger dans la société comme en en chacun d’entre nous. La fraternité reste un vœu pieux. C’est à ce point nodal de notre devise républicaine qu’a débuté ma réflexion et mon envie de l’illustrer en écrivant « le Pays où vont mourir les rêves »
Le Prix du manuscrit de la Beauce et du Dunois a récompensé mon travail au mois de novembre 2016. C’est évidemment une reconnaissance à laquelle j’ai été très sensible d’autant que le jury était présidé par Alain Denizet dont j’admire le travail d’historien du quotidien et de la ruralité. Son « enquête sur un paysan sans histoire » à propos de son ancêtre Aubin Denizet est un modèle de rigueur intellectuelle et son « affaire Brière » allie l’érudition à l’intelligence de l’exposé. Son enthousiasme à propos de mon roman a été un formidable encouragement. Je remercie aussi Christophe Prat, devenu depuis, mon éditeur, d’avoir insisté à plusieurs reprises pour que j’envoie mon manuscrit à Châteaudun. Sans lui l’aventure de cette saga ne serait restée qu’un rêve… un de plus.

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Olivier Cojan: « Le Pays où vont mourir les rêves » 1898-1914 Dernières nouvelles du monde. Ella éditions. Prix du manuscrit de Beauce et du Dunois 2015.  425 pages.    20 euros.

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Image du jour: « Ca ne vous est jamais arrivé de vous prendre une porte dans la gueule? »

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Interview expresse de Louis Imbert pour l’exposition « L’eau de la montagne à la mer »au Pradet (Var)

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Maitre Renard: Pourquoi cette thématique « L’eau de la montagne à la mer » présentée jusqu’au premier juin à la bibliothèque municipale Pauline Roland au Pradet (Var) ?

Louis Imbert: L’eau est source de vie. Tout au long des civilisations, l’homme s’est installé près de l’eau: au bord des mers, lacs, fleuves, rivières…

En tant qu’artiste, j’ai toujours été attiré par cet élément, sous toutes ses formes. 

De la brume à la glace, d’un mince filet d’eau se forme vite un ruisseau, qui à travers la montagne, de cascades en cascades , chemine en rivière pour finir sa course dans les transparences de la Méditerranée. Sujet qui est développé dans cette exposition.  

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Maitre Renard: Vous représentez l’eau de manière très esthétique: que représente l’eau pour vous?

 Louis Imbert: La beauté de l’eau est liée à la transparence, au mouvement, à ce qu’elle peut procurer visuellement. Elle résonne profondement en moi , archaïque, primitive, celle de la source de la vie. Quand j’observe la société telle qu’elle est et qu’elle se profile à l’horizon, mon plus grand désir est de revenir à une nature sauvage à partir de laquelle je prends tous mes points d’appui. Dans notre environnement, cette part sauvage se réduit de plus en plus, d’où ce désir fort, nécessité absolue de la préserver en montrant toutes ses beautés et son pouvoir régénérant.

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Maitre Renard: Pour vous, c’est notre environnement qui est en danger et dont vous vous faites à votre façon lanceur d’alerte par vos peintures? 

Louis Imbert: Oui Absolument. Je montre la Nature telle que je la ressens. Je montre aussi sa fragilité et le risque qu’elle puisse disparaitre à cause la bêtise humaine. J’ai peint des coins de natures au Pradet qui n’existent plus aujourd’hui.
« L’eau dangereuse » évoque la conséquence de l’inconscience humaine . La nature réagit mal aux mauvais comportements humain. Elle répond par des catastrophes, comme des inondations.

 

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Et pour « Mer fatale », qui représente quelqu’un qui se noie, voyant s’enfuir tout espoir de sauvetage, le désespoir est grand, face à une Méditerranée qui devient un immence cimetière marin. Tous ces gens qui s’y noient, est quelque chose de très bouleversant et très douloureux pour moi. Il y a cependant une infime lueur d’espoir dans mon personnage qui tend la main.

 

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Maitre Renard: Est-ce que la peinture suffit pour alerter et faire prendre conscience?

Avez-vous remarqué qu’aucun être humain n’est représenté dans toutes ces peintures, excepté la main tendue désespérément?
Louis Imbert: J’espère que oui. Sur le plan individuel, cela peut avoir un effet boule de neige du moins je l’espère! Comme dans la théorie du colibri développée par Pierre Rahbi, à chacun de faire sa part.
Mon travail représente ce que je ressens face à la Nature. C’est juste mon regard. Il n’y a pas d’humains dans ces oeuvres.
Dans ce cas précis, la nature intacte, vierge, sauvage, se suffit à elle même.
Telle qu’elle est ici représentée, elle me rassure.

 

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Maitre Renard:  Quel est le mot qui vous a le plus touché sur votre livre d’or?

Louis Imbert: Dans l’ensemble les gens sont très impressionnés par la manière de traiter le sujet tant au niveau de la forme que du fond. Il y a une formule que je répète souvent et que je tiens pour règle: « La peinture doit tenir de près ce qu’elle promet de loin. Il est bon de prendre du plaisir quand on s’approche d’elle, et de le faire partager au public. J’espère y être parvenu dans cette exposition.

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