S'il te plaît, apprivoise-moi…

Archives de la catégorie ‘livres’

Voulez-vous donner votre avis sur un roman à paraître? « Si par hasard… » (1ère partie). Editions Ella

 

Je vous invite à lire et à commenter un roman qui paraîtra sous peu aux éditions Ella. Christophe Prat, son responsable, souhaite recueillir un maximum d’avis et de commentaires pour ce roman d’un auteur confirmé: Ludovic Lecomte. C’est un roman par mails comme autrefois il y eut des romans par lettres  (Les Lettres persanes de Montesquieu, les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos…) 

Nous vous présentons ce livre sous forme  d’un feuilleton où les personnages centraux sont des cadenas d’amour, tradition récente qui est née dans les pays de l’Est il y a une quinzaine d’années. Le Pont des Arts à Paris est le lieu le plus célèbre pour les amoureux qui se jurent un amour éternel en gravant leurs initiales et en jetant la clé du cadenas dans la Seine. D’où le titre du livre qui reprend une fameuse chanson de Brassens « Le vent » ou « Si, par hasard, sur le pont des Arts… ». Cela ne vous prendra que quelques instants et vous ne devriez pas le regretter…

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A Marie-Charlotte, amour sans cadenas,

 

 

4 juillet 2015

Julien est arrivé depuis une bonne demi-heure. Assis à la terrasse, il profite du soleil de la fin d’après-midi. Alain, le patron du café a déjà servi une pression et un jus d’abricot, comme tous les jeudis. Il les connaît par cœur et les attend même, ses « habitués du jeudi ». Les autres jours, ils arrivent ensemble, mais pour le moment Julien est seul. Il n’a pas touché à sa bière et les glaçons du jus d’abricot ont maintenant complètement fondu. Alain s’apprête à engager la conversation avec le jeune homme resté silencieux derrière ses lunettes de soleil, lorsqu’enfin Marine apparaît au bout de la rue.

Elle marche d’un pas rapide et décidé, s’approche de la table, tire la chaise qui cogne contre les pieds de la table dans un tintement métallique, pose d’un geste sec son portable près du jus d’abricot et s’assied, sans avoir embrassé Julien, ni salué Alain.

Julien retire ses lunettes.
« -Salut, tu as… »
Ses mots restent en suspens devant le regard glacial que lui adresse Marine.
« – Tu te rends compte de ce que vous avez fait ? le coupe-t- elle. »
Son ton est de la même température que son regard… :

 

« – C’est du vol ! Rien de plus, rien de moins ! »
Julien saisit son verre et commence à boire la bière qui attendait l’arrivée de Marine sur la table devant lui.

« – Tu m’écoutes au moins ? Et si vous vous étiez fait prendre ? Vous n’êtes pas sérieux ! Et Max ne vaut pas mieux que toi ! Ça s’appelle une effraction !
– C’était pour Agathe et on n’a même pas forcé la porte, on avait la clé… »

Marine secoue la tête.
« – OK, pour Agathe, admettons. Elle est jolie, tu as envie de la séduire, tu fais n’importe quoi, juste parce qu’elle te le demande… OK, c’est stupide, mais compréhensible. Mais pourquoi les dix autres ?
– Je ne sais pas, je me suis dit que ça pouvait être sympa… Et puis on ne s’est pas fait prendre, c’est le principal non ?
– Tu as rendu le sien à Agathe ?
– Non, pas encore.
– Tu vas lui sortir la grande scène, le grand rendez-vous, fleurs, promenade romantique dans les jardins du Louvre et remise de la boîte, un genou au sol ?
– Tu es dure… D’accord, on a fait une connerie, mais ce n’est pas non plus le casse du siècle. »
Julien se tait un moment. Marine touille rapidement son jus d’abricot à l’aide du mélangeur publicitaire, qui en frappant le verre à chaque tour provoque un cliquetis brisant le silence qui s’est installé entre les deux amis.
Julien reprend :
« – Une fois là-bas, je n’ai pas pu résister, il y en avait des tonnes. J’en ai pris dix que j’ai trouvé jolis ou étranges, en tous cas qui avaient quelque chose de particulier. Une

intuition… Chacun d’eux possède un signe, un dessin, une originalité qui le rend unique.
– Qu’est-ce que tu ne ferais pas pour séduire une jolie fille… soupire Marine dont la colère semble s’apaiser. »

Julien rougit et lui sourit. Il attrape son verre et sirote doucement sa bière plus tout à fait fraîche.
« – Et tu comptes en faire quoi de ces dix-là, alors ? »

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De : Votre Réseau
Pour : Julien@bleu.fr le 6 juillet 2015 Objet : Ouverture

Nous avons le plaisir de vous confirmer la création de votre page « Cadenas » conformément à votre demande.
Nous vous souhaitons la bienvenue sur Votre Réseau.

A bientôt sur Votre Réseau

De : Votre Réseau
Pour : Julien@bleu.fr le 6 juillet 2015 Objet : photos

Nous avons le plaisir de vous confirmer le dépôt de 10 photos sur votre page dans l’album intitulé cadenas.

Au plaisir de vous revoir sur Votre Réseau.

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De : Agathe@pourtant.com
Pour : Julien@bleu.fr le 8 juillet 2015 Objet : Merci
Bonjour Julien,
Je ne sais pas comment te remercier. Je relis les articles de journaux concernant le retrait des parapets du pont des arts et y vois le nombre de cadenas qui y étaient suspendus. C’est un miracle que tu aies retrouvé le mien. C’est sympa d’avoir pris des risques et d’avoir réussi.
C’était important pour moi, surtout depuis qu’Alexandre et moi sommes séparés.
On ne se connaît pas très bien tous les deux et pourtant tu as accepté de le faire. Quand tu as proposé de le chercher, l’autre soir à L’Eldorado, alors que nous discutions tous ensemble, j’ai pensé que tu disais cela sans vraiment y croire et que tu ne le ferais sûrement pas.
Merci.
J’ai vu sur ta page que tu en avais récupéré d’autres. Que comptes-tu en faire ?
Une collection ?
On boit un café et tu me racontes ?
A plus tard.
Agathe

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De : Julien@bleu.fr
Pour : Agathe@pourtant.com
Objet : RE : Merci
Salut,
Non, ce n’est pas une collection…
Je te raconte, mais tu promets de ne rien dire ?

 

le 8 juillet 2015

L’autre soir, après avoir subtilisé le trousseau des locaux de la ville dans les affaires de mon père, on s’est introduit dans l’entrepôt de la mairie avec Max pour y chercher ton cadenas. Le fait que mon père bosse à la mairie facilitait un tout petit peu la soirée. On n’avait pas besoin de fracturer une porte !

Il faut avouer que ta demande m’a paru bizarre au départ. Et puis finalement, je me suis pris au jeu du petit défi que ça représentait.
On a eu une chance folle de tomber très vite sur ton cadenas parmi les milliers qui sont stockés là, en attente de destruction.

Quand j’ai compris ce que ça représentait pour toi et l’importance que tu attachais à ce cadenas, je me suis dit que ça ferait peut-être plaisir à d’autres de récupérer le leur.
On a donc choisi dix autres cadenas qui venaient aussi d’être retirés du pont. Ces dix-là ont des signes particuliers. L’idée c’est d’essayer d’en retrouver les propriétaires.

Avec l’aide du Réseau, on devrait réussir, même si ça paraît un peu fou.

Voilà, tu sais tout, mais j’accepte quand même ta proposition de café en tête à tête.
Tu choisis la date ?
Jul’

De : Agathe@pourtant.com Pour : Julien@bleu.fr

le 9 juillet 2015

 

Objet : RE : Merci
Vous êtes de grands malades !
Mais je trouve l’idée touchante et poétique. Compte sur moi pour ne rien dire.
Agathe,

 

Le savez-vous? Le suicide de Cléopâtre piquée par un aspic

La mort de Cléopâtre ou le suicide pour l’honneur

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Alessandro Turchi, La mort de Cléopâtre, vers 1640
huile sur toile 255 cm x 267 cm
© [Louvre.edu] – Photo RMN

L’histoire

Après la défaîte des troupes d’Antoine et de Cléopâtre à Actium en 31 avJ.C. contre Octave, il ne reste plus aux vaincus qu’à mourir pour échapper à l’humiliation de la défaîte.

La mort d’Antoine

Cléopâtre selon la version de Plutarque dans les Vies Parallèles se réfugie dans son Mausolée alors inachevé et fait prévenir Antoine qu’elle est morte. Antoine le croit et se dit à lui-même :

 » O Cléopâtre, ce dont je souffre, ce n’est pas d’être privé de toi, car c’est dans l’instant que je vais te rejoindre, mais c’est que moi un général d’une telle renommée, je me sois montré inférieur en courage à une femme. »
Puis il demande à son serviteur Eros de le tuer ; ce dernier préfère se donner la mort plutôt que d’obéir à son maître. Antoine, alors défait sa cuirasse et se frappe au ventre avec son épée. Cléopâtre fera transporter son amant agonisant au Mausolée. Octave laissera à Cléopâtre le corps d’ Antoine pour qu’elle l’enterre selon ses volontés.

La mort de Cléopâtre

Cléopâtre tente d’abord de se tuer à l’aide d’une dague de brigand qu’elle portait à la ceinture, la plaie s’infecte et Cléopâtre y voit l’avantage de mourir sans avoir recours au suicide. Octave vient s’entretenir avec elle ; il la trouve vêtue d’une simple tunique, la beauté défaite. Cependant le charme fameux dont elle était douée et l’orgueil que lui inspirait sa beauté opèrent auprès d’ Octave. Elle lui laisse croire à son envie de vivre puis, après son départ, décide de mettre fin à ses jours. L’aspic, selon Plutarque, aurait été placé dans une corbeille de figues, dissimulé sous des feuilles. Cléopâtre en aurait donné l’ordre pour que l’animal l’attaquât sans qu’elle le sût. En enlevant des figues, Cléopâtre le vit et offrit son bras à la morsure. Puis elle fit parvenir une lettre à Octave. Il envoya aussitôt auprès d’elle ses gens :

(…) « ils la trouvèrent morte, allongée sur un lit d’or, parée de ses vêtements royaux. L’une de ses suivantes nommée Iras était en train de mourir à ses pieds ; l’autre, Charmion déjà chancelante et la tête alourdie arrangeait le diadème autour de la tête de sa maîtresse. « 
Telle fut la fin de Cléopâtre, fin « digne de la descendante de tant de rois  » selon le mot de Charmion à l’un des envoyés d’Octave.
Le tableau : La mort de Cléopâtre

Le peintre a pris quelques libertés avec la tradition historique. En effet, il rassemble dans le même tableau la mort d’Antoine et de Cléopâtre. Dans la version de Plutarque, Antoine meurt le premier, trompé par le messager de Cléopâtre. Celle-ci, privée du goût de vivre et refusant de figurer au triomphe d’Octave se suicidera quelque temps après, pour échapper à cette infamie.

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Le suicide d’Antoine

Antoine est représenté au premier plan, en bas, à gauche. Son visage est dans l’ombre, sa poitrine livide laisse apparaître le coup fatal qu’Antoine s’est porté. Le corps est montré dans son abandon. Le bras droit, touche le sol, la main est près du glaive rougi. Un soldat enveloppe dans le linceul le corps d’Antoine et regarde un militaire aux mains jointes. Les cuirasses des soldats aux couleurs chaudes, le brocard d’or du lit de parade sur lequel est étendu Antoine apportent un contraste saisissant à la lividité du torse, la blancheur du linceul, l’éclat métallique de la lame du glaive et au bleu dur de la tunique. La scène est d’une grandeur sublime ; au déshonneur de la défaîte, le héros n’a qu’une réponse à proposer : le suicide.

Le suicide de Cléopâtre

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Cléopâtre est au second plan du tableau. Elle occupe la place centrale. Elle est représentée, la tête inclinée, tenant dans sa main droite l’aspic mortifère. Ses habits, comme il sied à son rang, sont de pourpre et d’or, rehaussés de fines broderies. Ils mettent en valeur la beauté du buste, l’éclat de porcelaine de la chair, l’aréole rosée des seins. Les yeux sont mi-clos ; Cléopâtre semble glisser dans la mort avec une retenue propre aux êtres d’exception. Auprès d’elle deux suivantes. Faut-il y voir Irias et Charmion évoquées dans le récit de Plutarque ? Elles soutiennent leur maîtresse dans ses derniers instants. Une autre, à l’arrière, porte une urne, tandis qu’à l’avant, sur la droite une femme fait un geste d’adieu à Cléopâtre et une compagne essuie ses larmes.

Conclusion

Alessandro Turchi a rassemblé les deux amants dans leurs derniers instants. Unis dans la vie, ils sont côte à côte dans la mort. L’histoire ne peut séparer leurs destins : même gloire dans leur vie, même courage dans la mort. L’éclat du triomphe d’Octave aurait été augmenté par la présence des deux captifs ; le Romain, ravalant ses prétentions, devra, selon Plutarque, se contenter de faire figurer à son triomphe la statue de Cléopâtre, l’aspic attaché au bras ! L’Histoire retiendra cependant les larmes d’Octave pour la fin tragique d’Antoine, l’ admiration d’Octave pour la grandeur d’âme de Cléopâtre, le respect d’Octave pour la fin digne des deux amants qu’il fera ensevelir l’un auprès de l’autre avec une magnificence royale. Quitter la vie avec éclat est l’apanage des esprits forts ; c’est à la postérité qu’ Antoine et Cléopâtre ont légué leur geste sublime. Le tableau de Turchi en est le subtil relais.

Source: eduscol.education.fr/louvre/mort/mortcleo.htm

Insolite:Depuis l’espace, Thomas Pesquet lance un concours autour du «Petit Prince»

ESPACE  Les participants, qui doivent avoir moins de 25 ans, ont jusqu’au 28 février pour envoyer leur histoire…

Thomas pesquet, dans la station spatiale internationale
Thomas pesquet, dans la station spatiale internationale – ESA/NASA/SIPA

Thomas Pesquet, qui séjourne dans la Station spatiale internationale (ISS) depuis le 20 novembre, a choisi d’emporter avec lui les œuvres complètes de l’aviateur et écrivain Antoine de Saint-Exupéry. Alors il n’est pas surprenant que l’astronaute français ait donné ce lundi le coup d’envoi de « Faites voyager vos histoires dans l’espace » ( http://www.missionproxima.com/concours-ecriture), un concours d’écriture en langue française autour du Petit Prince.

« Je vous invite à emmener le Petit Prince sur une nouvelle planète »

« Pilote et astronaute, j’ai aussi été inspiré dans ma jeunesse par Saint-Exupéry qui a écrit Le Petit Prince, l’histoire d’un jeune garçon qui voyage de planète en planète », a expliqué Thomas Pesquet sur sa page Facebook. « Je vous invite à emmener le Petit Prince sur une nouvelle planète, où il fera à nouveau une surprenante rencontre… ».

Le concours est organisé par l’Agence spatiale européenne (ESA), la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse, le Labo des histoires, la Cité de l’Espace et l’Institut Français. Les participants, qui doivent avoir moins de 25 ans, ont jusqu’au 28 février pour envoyer leur histoire.

Résultats le 6 avril

Un jury composé d’astronautes, de personnalités de l’aérospatiale et de la littérature sélectionnera dix textes finalistes [cinq soumis depuis la France, cinq autres depuis le reste du monde], a précisé l’ESA dans un communiqué.

Ces dix textes seront envoyés à l’astronaute français à la mi-mars. Charge à lui d’en sélectionner deux et d’annoncer le 6 avril son choix pour les deux Grands Prix (catégorie France et catégorie International), depuis l’ISS.

A l’automne 2017, les dix finalistes seront invités pour un séjour en Europe sur le thème de l’espace et de la littérature.

 

(source: 20 minutes)

 

 

Interview expresse d’Olivier Cojan pour son « Le Pays où vont mourir les rêves » (Ella éditions)


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1: »Le Pays où vont mourir les rêves » est  un délicieux titre qui renvoie à quel pays? Et pourquoi ces rêves vont mourir. En plus clair, pourquoi ce joli titre? 

Olivier Cojan: D’abord parce que je le trouve beau et chargé de toute ma nostalgie. Plus sérieusement, j’appartiens à cette génération qui a beaucoup rêvé dans les années qui ont suivi mai 68. A près de cinquante années de distance, il semble bien que beaucoup de nos rêves aient pris l’eau. Beaucoup des rêves de ces années-là n’étaient que l’aboutissement d’aspirations plus anciennes portées par les deux ou trois générations qui nous avaient précédés. Même s’ils ont dû faire face à de terribles épreuves nos parents comme nos grands-parents ont aussi porté et nourri ces rêves d’un monde meilleur, plus juste, plus joyeux, plus chargé d’espérance, en un mot plus heureux.
Nous en sommes aujourd’hui à la fin des illusions. Les rêves se sont fracassés sur le mur de la réalité. L’humanisme, la générosité, la fraternité et même l’hédonisme ne font plus recette. Les uns après les autres, nous avons vu les rêves mourir, là, sous nos yeux, dans notre pays. Métaphoriquement « Le Pays où vont mourir les rêves » c’est le nôtre, notre France qui parvenue au terme d’un chapitre de sa très longue histoire peine à en ouvrir un nouveau, lui-même porteur d’autres rêves et d’un nouvel enthousiasme…
J’ajoute qu’il m’arrive encore de temps en temps d’écouter Eva – une chanteuse oubliée des années 70. Sa chanson « Où s’en vont mourir les rêves… » m’émeut toujours et ressuscite cet autrefois de ma jeunesse….

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2/ Quel est votre projet global car ce volume n’est que le premier de ce qu’on peut peut-être appeler une saga? Où en est cette saga justement. Quand paraîtra le second volume et avec quel titre?

Olivier Cojan: J’ai le projet de raconter le XXe siècle. A ma façon bien sûr, et tel que je le vois et je le ressens. Je fais naître les deux personnages centraux du livre en 1898 et je vais les emmener Jusqu’en 1989, jusqu’à la chute du mur de Berlin qui clos un chapitre de l’histoire européenne – disons de la tragédie ou du suicide européen. La saga « Le pays où vont mourir les rêves » se déclinera en six volumes. Dernières nouvelles du monde 1898 – 1914 en est le premier volet. Le second volume N’oublie jamais… 1914 – 1919 paraîtra début septembre. Le troisième épisode De toutes nos forces ! 1926 1938 qui est écrit devrait paraître au printemps 2017. Je suis en train de travailler sur Ainsi finit la nuit 1940 -1946 qui pourrait paraître à l’automne 2017. Les deux derniers volumes Le partage des vivants 1948 – 1964 et Cours, Cours Camarade 1968 – 1989 ne sont encore qu’à l’état de notes et de références de documentation.

3/ Qu’avez vous voulu monter sur cette période du début du XXème siècle (1898-1914)? Ce n’est pas à proprement un roman historique mais romancé , complètement crédible et vivant: quelle est la part de l’invention dans vos personnages? 

Olivier Cojan: Je ne veux rien montrer ni démontrer. Je raconte une histoire sociale dans l’Histoire avec un grand H telle qu’elle m’apparaît aujourd’hui. Au contraire des historiens qui tendent vers l’objectivité, je revendique ma subjectivité. Je parle du monde de la « belle époque » tel que je l’imagine, âpre, dur et impitoyable avec les faibles : une société de castes rigides mais travaillée par l’aspiration à un monde meilleur. Parce que j’arrive à un âge où il est sage de revenir avec un esprit apaisé sur tout ce qu’on a vécu et tout ce qu’on a lu ou observé, j’ai pu bâtir ce récit où se mêlent les luttes sociales, le combat politique et les passions amoureuses. Sans en avoir l’intention délibérée, j’ai mis dans ce roman ceux que j’ai connus et aimés et d’autres personnages que j’ai recomposés à partir d’hommes ou de femmes que j’ai côtoyés à des moments particuliers de ma vie. J’ai surtout travaillé à partir d’un territoire que je connais bien et qui m’a inspiré. Et puis il y a l’accumulation de toutes les lectures qui ont nourri mon imaginaire depuis des dizaines d’années… On n’invente jamais rien quand on écrit : on ne fait jamais que d’infinies variations sur des thèmes anciens… « On fait du neuf avec du vieux » comme aurait dit Léontine ce personnage du livre qui ressemble tant à ma grand-mère que dans mon esprit elles se confondent…

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4/ Quels sont les romanciers qui vous ont le plus marqués? Il y a en at-il qui vous ont inspiré pour construire votre roman comme Maurice Druon pour les Rois Maudits. On pense par moments aux Rougon-Macquart de Zola: vous vous sentez une parenté avec ces auteurs? 

Olivier Cojan: L’œuvre de Zola est une somme. Elle est inépuisable et inimitable. Il serait très prétentieux d’établir une quelconque parenté entre nous, il reste pour moi un modèle indépassable et inimitable. Je me réfèrerais plutôt à d’autres lectures adolescentes peut-être plus modestes : à Martin du Gard, à Mazo de la Roche, aux sagas familiales de Troyat ou encore à Guerre et Paix de Tolstoï. Plus tard je me suis frotté aux Buddenbrook de Thomas Mann ou au Guépard de Lampedusa et à bien d’autres dont les noms ne reviennent pas à l’esprit dans l’instant où je réponds à vos questions. Mais pour moi, le livre fondateur, le socle de mon travail reste le « Cent ans de solitude » de Garcia-Marquez. Il s’agit là aussi d’une somme qu’il faut lire et relire sans cesse sans jamais espérer en épuiser toute la richesse. L’écoulement du temps y est palpable, et génère une construction subtile que je ne prétends pas copier mais qui m’a inspirée. Qu’elles soient écrites par de grands auteurs ou par des écrivains plus besogneux et modestes, la matière principale de toutes les sagas reste toujours le temps. Le temps qui passe et qui nourrit notre nostalgie avant de nous emmener vers l’oubli.

5/ Quand et comment vous a pris la passion de l’Histoire? Vous avez obtenu avec ce livre le Prix du Manuscrit de Beauce et Dunois 2015: c’est plus qu’un encouragement, non?

Olivier Cojan: Je ne crois pas qu’on ait jamais la passion de l’histoire : on a plus ou moins conscience du défilement du temps. Et pour moi ce temps passé n’est pas habité que de fantômes, il est incarné. Aussi loin que puisse porter mon souvenir j’ai toujours eu cette perception d’une époque qui n’était pas close mais qui demeurait vivante et dans laquelle on pouvait musarder. Car le monde est beaucoup plus immobile qu’il y parait. On dispose de moyens de communication fabuleux et de possibilités techniques encore inimaginables au début du XXe siècle, mais sommes-nous meilleurs, usons-nous plus subtilement de notre intelligence, de notre raison, de notre capacité à juger du bien comme du mal ? Les luttes pour le pouvoir ou pour acquérir la richesse et la puissance restent féroces. Rien ne change vraiment. Comme l’écrit Erri de Lucas on peut se battre pour la liberté, on peut lutter pour l’égalité mais la fraternité ne relève pas du combat, il faut la faire émerger dans la société comme en en chacun d’entre nous. La fraternité reste un vœu pieux. C’est à ce point nodal de notre devise républicaine qu’a débuté ma réflexion et mon envie de l’illustrer en écrivant « le Pays où vont mourir les rêves »
Le Prix du manuscrit de la Beauce et du Dunois a récompensé mon travail au mois de novembre 2016. C’est évidemment une reconnaissance à laquelle j’ai été très sensible d’autant que le jury était présidé par Alain Denizet dont j’admire le travail d’historien du quotidien et de la ruralité. Son « enquête sur un paysan sans histoire » à propos de son ancêtre Aubin Denizet est un modèle de rigueur intellectuelle et son « affaire Brière » allie l’érudition à l’intelligence de l’exposé. Son enthousiasme à propos de mon roman a été un formidable encouragement. Je remercie aussi Christophe Prat, devenu depuis, mon éditeur, d’avoir insisté à plusieurs reprises pour que j’envoie mon manuscrit à Châteaudun. Sans lui l’aventure de cette saga ne serait restée qu’un rêve… un de plus.

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Olivier Cojan: « Le Pays où vont mourir les rêves » 1898-1914 Dernières nouvelles du monde. Ella éditions. Prix du manuscrit de Beauce et du Dunois 2015.  425 pages.    20 euros.

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