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Nouvelles de la Saint Valentin 2016: « La Rose rouge » d’ Alain de Sherbrooke (Québec)



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 La rose rouge

 

Voix off

 

C’est une grande pièce, avec une grande cheminée, des fauteuils et des canapés disposés tout autour et une immense table au milieu, dans une ferme en Saintonge. C’est le soir et la fête pour l’anniversaire des 60 ans de mariage de Céline et Alain se termine, les bougies ont été soufflées et maintenant les enfants, petits enfants, oncles et tantes, cousins et amis se groupent autour du couple. Sur un guéridon près de Céline un vase très fin avec une rose rouge, une rose artificielle en tissu. Tous ici connaissent cette rose. Céline, Alain et d’autres vont maintenant raconter son histoire.

 

Alain

 

Je suis né ici dans cette ferme, j’y vivais avec les parents, toi mon frère Joël, et le grand père. Tout a commencé à l’école primaire où le père de Jacques était instituteur. Un jour, il décida de mettre en relation épistolaire ses élèves avec ceux d’une école du Canada, au Québec.

 

Céline

 

Dans ma petite ville des Laurentides, j’allais m’instruire à l’école des sœurs. J’avais 13 ans et voilà qu’un jour on nous propose d’échanger des lettres avec les élèves d’une école en France. J’ai eu beaucoup de mal à faire accepter à la sœur que j’avais choisi un correspondant plutôt qu’une correspondante. Je ne saurais dire pourquoi mais ce prénom d’Alain me plaisait.



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Alain

 

Quelques temps plus tard,  je recevais une lettre du Canada signée Céline. Sur le moment,  je trouvais le prénom désuet, puis ma mère me dit “ Mais c’est un beau prénom, ta vieille grand mère, elle voulait dire son arrière grand-mère, s’appelait aussi Céline” En y réfléchissant bien, oui, c’était un beau prénom.

 

Céline

 

Cela n’empêcha pas que, dans sa réponse à ma lettre, il me demanda s’il pouvait m’appeler Line. Ce que j’acceptais évidemment. Nous avions malgré nos seulement 13 et 14 ans déjà le goût de l’écriture et nos lettres devinrent de plus en plus longues.

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Alain

 

Nous nous parlions un peu de tout, je lui racontais les films qui sortaient en France, lui décrivais le pays saintongeais, les coutumes. Je commentais mes sorties avec les copains et avec Jacques,  le fils de l’instituteur qui avait eu l’idée de l’échange de correspondance.

 

Céline

 

Je trouvais toujours quelque chose à lui dire, je n’avais pas conscience que cela pouvait être futile. De plus je ne devais pas oublier, et je lui avais dit des le début que ses lettres et les miennes étaient lues par les sœurs.

 

Alain

 

Cela m’énervait un peu car il y certaines choses que je n’osais pas écrire à Céline.

 

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Céline

 

Après mes 16 ans, mon courrier m’appartint et nos lettres devinrent plus intimes.

De 16 à 17 ans ,j’ai remplacé mon journal personnel par ce courrier. Nous avions beaucoup de choses qui nous passionnaient tous les deux. Je me souviens ma mère me disant en souriant “ Mais où ça va te mener tout ça, ce garçon en France et toi ici au Canada? ”

 

Alain

 

Et puis ce fut le jour où l’instituteur eu l’idée de faire rencontrer les correspondants, cela était assez courant avec l’Angleterre mais avec le Canada les difficultés allaient être multipliées. Je ne me voyais pas partir pour le Canada et ne pensais pas possible que les parents de Céline acceptent qu’elle fasse un voyage en France.

 

Ami d’Alain, fils de l’instituteur

 

Alain et moi sommes du même âge, nous étions vraiment de bons copains. Quelquefois je le faisais grogner un peu quand je lui disais qu’il était le chouchou de mon père. C’était un peu vrai. Le soir à la maison, pendant le repas,  il disait souvent à ma mère:  “ Tu te rends compte le Alain il correspond toujours régulièrement avec sa canadienne.” En fait c’est qu’il était fier de la réussite de son projet, et provoquer une rencontre était devenu une obsession. Il entreprit donc d’assiéger les parents de Céline et ceux d’Alain. En fait nous avions presque tous plus ou moins abandonné et eux seuls continuaient à échanger lettres après lettres.

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Céline

 

Au début,mes parents ne voulurent rien entendre.  Comment pouvait-on imaginer qu’on allait m’expédier en France dans une famille inconnue et qui plus est pour rencontrer un garçon?

 

Alain

 

Mes parents prirent contact avec ceux de Céline, avec l’aide de l’instituteur je ne sais encore pas vraiment comment ils parvinrent à obtenir leur consentement.

 

Céline

 

Quand un soir ma mère et mon père me dirent la nouvelle j’ai cru défaillir, j’allais avoir 17 ans et on m’offrait un voyage en France. Je n’ai moi non plus jamais vraiment compris leur décision, ma mère plus tard m’a dit “  Je savais qu’il le fallait. C’est tout”

Alain et ses parents m’accueilleraient à Orly. Au départ de Montréal , ma mère,  après un millier de recommandations, me tendit alors une rose rouge en tissu, cette fameuse rose qui est là.  » Prends cette rose  me dit elle et à Paris tu la tiendras dans ta main pour que ces gens te reconnaissent. »

Elle oubliait complètement que nous avions fait échanges de photos avec Alain, mais

j’acceptais la rose et arrivée à Orly je la pris à la main.

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Alain

 

L’avion est arrivé, je guette la sortie des voyageurs et je vois Céline, cette belle jeune fille blonde qui avance avec une rose rouge à la main. J’avais 18ans:  j’ai compris de suite que c’était ma Céline.

 

Céline

 

Il s’est avancé,  je l’ai trouvé plus beau que sur ses photos. Je lui ai donné la rose.

Machinalement, il l’a prise et m’a tendu sa main. J’ai été surprise, nous finissions nos lettres par un chaste “ je t’embrasse” et m’attendais peut-être à un baiser sur la joue, mais non il me tendait la main.

Alain

 

Je devais avoir l’air pas mal bête et emprunté. Heureusement ma mère me sauva en prenant Céline dans ses bras en l’embrassant et lui disant  » Bienvenue Céline. »

 

Céline

 

J’étais émerveillée par ma découverte de la France, pauvre Alain il devait penser que je m’intéressais bien peu à lui. Il y avait aussi Joël, le frère d’Alain et, dès le début, il entreprit de me draguer.

 

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Alain

 

Malgré tout, ici à la ferme, nous passions la plus part de notre temps ensemble. C’était l’été il faisait beau et je devenais chaque jour plus amoureux.

 

Céline

Victor, l’instituteur, nous fit faire de belles sorties, il voulait tout m’expliquer: Brouages, Samuel Champlain, tous ces liens qui existaient entre ce coin de France et le Canada.

 

Alain

 

Je commençais à prendre mal les manigances de mon frère pour s’attirer un regard ou un sourire de Céline.

 

Céline

 

Je voyais bien la discorde entre les deux frères, moi j’avais déjà fait mon choix et, dans mon cœur,  Alain c’était celui avec qui je me voyais partager la vie.

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Alain

 

Un jour, mon frère et moi  nous sommes vraiment disputés et même en sommes venus aux poings. Pas beaucoup de mal mais cela me décida. Je demandais à Céline de me rejoindre sous le vieux chêne qui a maintenant disparu. Quand elle m’a retrouvé,  je l’ai prise dans mes bras et lui ai dit:  “Je t’aime Céline, je t’aime.”

 

Céline

 

Et il m’a enfin donné un vrai baiser, ce qu’entre filles ici au Québec nous appelions un French Kiss.

 

Alain

 

Mais nous ne nous étions pas rendu compte que le séjour arrivait à sa fin. Nous étions encore tous là à Orly pour raccompagner Céline. Mes parents ne dirent pas un mot lorsque nous nous sommes étreints et embrassés, les yeux pleins de larme, Céline a alors sorti la rose rouge de son bagage et m’a dit “ Ramène la moi. “

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Céline

 

Et je me suis enfuie, m’obligeant à ne pas me retourner.

 

Alain

 

Je la regardais disparaître de l’autre côté des douanes. Je tenais la rose rouge à la main. Mon frère me posa alors sa main sur l’épaule et me dit: “ Tu vas lui ramener sa rose, j’en suis certain”, Nous étions réconciliés.

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Céline

 

L’échange de lettres continua, les lettres devinrent plus enflammées. Nous commençâmes alors nos études respectives, Alain à Bordeaux et moi à Montréal. Nous avions décidé ensemble de ne pas nous fermer à tout et de ne pas détruire notre jeunesse nous avions convenu comme normal d’avoir des amis filles et garçons chacun de notre côté.

 

Alain

 

J’ai eu quelques petites amies, mais avec leur intuition féminine,  elles comprenaient vite que je n’étais pas libre. Certains amis connaissaient l’existence de Céline, mon intérêt pour ce qui se passait au Québec et on m’avait baptisé “ le Québécois”.

 

Céline

 

C’était la même chose pour moi. Les quelques garçons qui m’ont sortie ne comprenaient pas ma passion pour la France et cet amour secret dont ils se doutaient. Bientôt Alain et moi nous lancions dans la recherche de n’importe quel moyen pour nous retrouver.

 

Alain

 

Il n’y avait pas beaucoup de solution, il fallait que je réussisse mes études afin d’obtenir le moyen de les poursuivre a Montréal, de son côté Céline faisait la même chose pour obtenir une place en France. Un jour la chance se présenta: je réussis à obtenir un échange avec l’Université de Montréal.

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Céline

 

Lorsque je reçus la lettre d’Alain, je me souviens avoir fondu en larmes. C’était dans le salon à la maison, je pleurais tellement que ma mère accourut inquiète. Voyant l’enveloppe,  elle comprit vite l’origine de mes larmes mais se trompa :“ Que se passe t- il ? Il est malade?  il ne veut plus t’écrire ? ” Non, non, je lui criais: “ Il vient faire ses études à Montréal !”

 

Alain

 

Il y avait encore loin cependant pour réaliser ce projet, il fallait trouver une très grosse somme pour payer les études et aussi répondre aux exigences qui étaient de disposer d’assez d’argent pour un séjour d’un an au Canada.

 

Céline

 

Mes parents furent merveilleux. Ils me promirent de m’aider au maximum pour trouver une chambre pour Alain. Ma mère avait bien compris que rien ne m’arrêterait maintenant.

 

Alain

 

Dans la semaine suivante mon frère vint me voir à Bordeaux. Après un repas à la cafétéria de l’université, il sortit de sa poche une enveloppe brune. « C’est pour toi, dit-il, papa, maman, grand père et moi avons réunis la somme qu’il te fallait. Je ne savais plus quoi dire, il ajouta, je te devais bien ça pour les misères que je t’ai faites. Tu m’as vraiment choisi une jolie belle sœur. »

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Céline

 

Je suis allée seule attendre Alain à l’aéroport. Du haut du hall on voyait les voyageurs qui arrivaient aux postes de douanes. Il apparut.  Je lui faisais de grands signes derrière la vitre. Il s’arrêta, fouilla son bagage et sortit la rose rouge et il se mit à l’agiter à bout de bras. Imaginez ce jeune homme tenant en l’air une rose rouge au milieu des autres passagers.(*)

 

Alain

 

Je voyais Céline la haut derrière les vitres, je pris la rose rouge et je la brandis en criant “ Je te la ramène” et je voyais les voyageurs qui me souriaient, tous sans exception. Même la douanière riait.

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Céline

 

Bien sîr,  je ne pouvais pas l’entendre crier. Je le voyais seulement gesticuler. Nous avons pris la navette vers Montréal, J’ai conduis Alain à la petite chambre que j’avais aménagée avec maman: c’était tout près du Parc Lafontaine.

 

Alain

 

La porte refermée, je me suis approché de Céline, je l’ai prise dans mes dans mes bras et…

 

Céline

 

Nous nous sommes aimés. La rose rouge qu’Alain m’avait ramenée était la, tombée sur le sol.

Nous nous sommes mariés, voici donc 60 ans, en France dans cette ferme. Cette fois ci mes parents m’accompagnèrent.

 

 

Ami d’Alain, fils de l’instituteur

 

Deux ans plus tard, mon père, l’instituteur réalisa un de ses plus vieux rêves en débarquant avec ma mère à Montréal, je les accompagnais. Quelques temps avant alors que j’étais venu en visite il m’avait dit “ Sais-tu, Jacques, que ton bougre d’ami Alain me pose encore un problème.

“ J’étais bien au courant, mais fis l’innocent. “ Voilà t’il pas, que lui et sa 
Canadienne se sont mis dans la tête que je sois le parrain de leur premier bébé. C’est pas le voyage qui me gène, au contraire, mais, parrain, tu t’imagines“ J’imaginais très bien, mon père instituteur, de gauche, n’avait sans doute pas mis les pieds dans une église depuis des lustres.

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Pourtant je suis certain dans cette petite église de Montréal, lorsqu’il porta cette petite fille sur les fonds baptismaux l’avoir entendu grommeler en se mouchant pour qu’on ne voit pas ses yeux pleins de larmes “ Ce n’est pas possible une histoire pareille, il doit bien y avoir quelque chose ”.

 

Céline

 

La petite fille, c’était toi Victoria. Nous avons choisi ce prénom, car nous étions tellement redevable à Victor, ton parrain. C’est lui qui est à l’origine de tout en ayant mis l’échange de correspondance en place et surtout en ayant convaincu mes parents de me laisser venir en France.

 

Joël

 

Et nous voici tous ici plus de 60 ans plus tard, après t’avoir bien ennuyée avec mon acharnement à te draguer pendant ta première visite. Après avoir roulé ma bosse un peu partout, m’être marié deux fois, j’ai enfin trouvé ma compagne définitive à Montréal au cours d’une visite chez vous: une montréalaise d’origine Russe de surcroît, ma chère Galina. Maintenant c’est notre fils qui gère cette belle ferme qui est restée dans la famille.

 

Une petite fille

 

Mamie, Papy et la rose rouge que va-t-elle devenir?

 

Céline

 

Nous allons encore la garder un moment avec nous, puis un jour l’un d’entre nous va partir, peut être moi, peut être papy, celui qui restera devra à son tour ramener la rose rouge.

 

Alain

 

Il est tard. Merci à vous tous d’avoir fêté avec nous cet anniversaire. Laissez nous un peu seuls maintenant, Céline et moi avons encore quelques souvenirs à égrener entre nous.

 

Voix off

 

Bientôt Céline et Alain se trouvent seuls, ils se tiennent par la main regardent la rose rouge, elle ne les a jamais quitté depuis l’arrivée d’Alain à Montréal. Ils s’étreignent, ne disent rien, puis Céline sort une vieille lettre de sa poche, l’ouvre, la tend à Alain :

 

Mademoiselle je suis élève d’une petite école de France, je m’appelle Alain…

 

                          

 

                                                                         Alain. P. Guillon

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Personnages :

 

Alain

Céline

Ami d’Alain, fils de l’instituteur

Joël

Une petite fille

 

Galina, Victoria et quelques autres personnages muets.

 

Voix off

 

(*) Il s’agit de l’aéroport de Mirabel (Montréal), il y avait à l’étage une grande galerie vitrée d’où les gens pouvaient voir arriver les passagers qui débarquaient et passaient aux douanes, réciproquement les passagers pouvaient repérer ceux qui les attendaient. Cette galerie a sans doute vu beaucoup de joies et aussi de peines. L’aéroport de Mirabel n’est plus en service.

Nouvelle de la Saint Valentin: « Les Siamoises de Belleville » 7ème et dernière partie par Mariessourire et Maitre Renard

« Mais ? Que se passe-t-il ? Tu préfères Cora finalement ? Tu aimes la contradiction ? Tu fais ton rebelle ? lui demanda Line, provocatrice et un peu agacée par ce retournement de situation. 

– C’est que… Non, ce n’est pas ça, répondit Edgar sur un ton léger. Non je ne fais pas mon rebelle contradicteur ! Ce sont plutôt les minettes qui sont comme ça ! ajouta-t-il avec un clin d’œil complice.  

Ce que je disais à Cora, c’est que j’ai besoin de vous deux ensemble, pas être avec l’une sans l’autre. Vous m’êtes un tout, délicieuses dans vos besoins d’aventures folles.  

Vous êtes pour moi la Vie, avec un V majuscule.  

J’aime ce que vous faites, ce que vous ne faites pas. J’aime quand vous partez dans vos délires et que vous en revenez soucieuses ou heureuses.  

J’aime tout de vous. Et je voudrais être avec vous, vous protéger des mauvaises rencontres, même si je sais que vous êtes fort capables de vous défendre seules.  

Je voudrais vous apporter mon aide quand vous en avez besoin et je voudrais que vous m’apportiez ce petit grain de folie que vous mettez partout où vous passez, que vous m’appreniez à être aussi vivant que vous. En fait, je crois que je me suis mépris… » 

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Cora et Line se regardèrent. Elles se demandaient où Edgar voulait en venir. Elles avaient pourtant été bien claires : il ne pouvait pas avoir les deux sœurs ! Et en quoi  s’était-il  mépris?  Il les aimait, ok !  Compris. C’était acté, alors pourquoi ce grand discours ? Elles s’en étaient irritées presque : allait-il continuer à jouer encore longtemps les perroquets comme ça ? 

 

Un mouvement furtif attira alors l’attention des jumelles. Sur le rebord de la palissade, quelqu’un s’était installé pour mieux assister à la scène. Pire, ce siamois voyeur souriait, toutes canines déployées ! 

C’était Saphir, The Chat of The Quartier, the Caïd, the Big Boss ! Attirer l’attention de ce grand Seigneur pouvait tout aussi bien apporter de grandes satisfactions qu’ annoncer un bien grand malheur. Et là, il était tout bonnement en train de rire silencieusement, se frottant le ventre de la patte, toutes moustaches en bataille ! 

Edgar prit soudain conscience que les minettes n’étaient plus guère attentives à ses propos. Il regarda ce qui les intriguait : « Oh non, pensa-t-il, Saphir ! Lui ici ! Ce n’est pas possible, il va tout faire rater ! C’était déjà bien assez compliqué ainsi… » 

 

Il se redressa, bien décidé à montrer qu’il était un matou digne de ce nom, contrairement à ce chat de basse-cour, ce m’as-tou vu  tout juste bon à picorer les miettes des autres. 

Instantanément Saphir arrêta de rire et le regarda avec intensité et autorité. Il sauta souplement et arriva très vite aux pieds des demoiselles qu’il salua,  une frisette de sourire dans l’œil. Son salut fut apprécié des minettes qui minaudèrent en lui rendant  force d’œillades prometteuses. 

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 Puis il se planta de toute sa hauteur devant Edgar :  

« Chalut ! J’peux savoir pourquoi tu traînes ici ? On t’a jamais dit qu’ici, ch’est chez moi ? 

– Enchanté de même, répondit Edgar. 

– Je vais être sympa avec toi car je suis dans un jour de grande bonté, ajouta Saphir avec un clin d’œil en direction de Line et de Cora. T’as 30 secondes pour déguerpir et j’ferais comme si t’avais jamais existé… 

– Pardonnez-moi, mais il me semble que vous n’étiez pas invité à notre discussion et… 

– Et rien du tout, Matou de rien du tout ! J’ai tout entendu et je peux te dire que ces belles demoiselles en ont assez de voir ton  minois de chat battu ! Il te reste 17 secondes… 16… 15…  » 

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Ignorant totalement Edgar, la sensuelle Line et la douce Cora s’approchèrent de Saphir et l’encadrèrent. De battements de cils en sourires enjôleurs, elles tournèrent le dos à Edgar entraînant avec elles le caïd de la cité.  

 

« Laisse tomber ce débile, minauda Cora : il fait rien que d’jacasser, de pipeauter et de changer d’avis comme de coussinets ! Dis-nous plutôt depuis quand t’es arrivé en ville ! T’avais disparu, on s’inquiétait ! » 

 

Edgar, estomaqué, en perdit tout miaulement. 

Line se retourna, le temps de lui lancer un regard appuyé et moqueur qui en disait long sur ce qu’elle pensait de lui.  Cora lui tourna ostensiblement le dos et sa queue fouetta l’air nerveusement. Saphir jubilait. 

Edgar piqua du nez. Son orgueil était brisé. ses rêves aussi. Il n’avait plus qu’à trouver une sortie digne pour préserver son honneur. Saphir ne lui en donna pas même le temps. Avant la fin du décompte, il bondit en sa direction pour lui sauter sur le paletot et prouver aux minettes qu’il était fort, beau et qu’il sentait le sable chaud de Belleville. 

Edgar  battit en retraite sans demander son reste. Seule consolation pour lui : dans son élan, Saphir ne put éviter un réverbère qui le sonna un bon moment. Les minettes en profitèrent pour jouer les infirmières. 

Edgar, philosophe, partit de son côté, cow boy solitaire, en méditant sur la versatilité de la gent féminine et à cette devise que François 1er, fin connaisseur, avait fait graver sur toutes les fenêtres du château de Chenonceau: « Souvent femme varie, fol qui s’y fie ».

 

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MARIESSOURIRE ESSENCE D’ÉMOTIONS

L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien que par le coeur…

Grand merci à toi, Marie-Christine .C’est toujours le même plaisir de travailler et de partager avec toi. 

Et si la prochaine nouvelle que nous écrivions ensemble s’appelait « la Chorale »? Ca te parle ?

Nouvelle de la Saint Valentin : Les Siamoises de Belleville (6ème partie) de Mariessourire et Maitre Renard

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Un peu intrigué mais toujours sur ses gardes, Edgar s’approcha. Line cherchait quelque chose dans le gravier. Elle mit de côté un caillou blanc puis un autre noir.
Cora lui expliqua doucement ce qu’ils allaient faire pendant que Line mélangeait et cachait les deux cailloux sous une feuille morte, loin des yeux d’Edgar et de sa sœur.

« Voilà, quand on n’est pas d’accord, Line et moi, on s’en remet au destin.
– Mais ? Pourquoi s’en remettre au destin ? Vous me dites oui ou vous me dites non, et l’affaire est conclue, ou pas !
– Commence pas à crier comme un chat qu’on écorche, st’euplait, c’est pas le moment ! indiqua fermement Line. C’est prêt, rajouta-t-elle à l’attention de sa sœur.
– La seule chose que tu aies à faire, c’est de me dire quelle feuille tu choisis. Pour ton info, tu tires le noir, c’est Line, le blanc, c’est moi. »
Et dans un bel ensemble bien synchronisé, Line et Cora poussèrent un « Vogue la galère » en se tapant la patte droite puis se tournèrent vers Edgar pour attendre son choix, et donc le verdict de leur destinée.

Edgar fut troublé en entendant les deux minettes. Mais il obtempéra tout en se disant que rien n’était joué quoiqu’il arrive. Il tendit sa patte gauche vers la feuille dorée. Cora vint la soulever et découvrit un beau caillou tout noir. Le sort était jeté, le verdict tombé : c’était Line qui avait gagné !

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Cora en fut toute dépitée : c’est qu’elle n’aimait pas perdre… Mais elle fit contre mauvaise fortune bon cœur. Elle les laissa en tête à tête, histoire qu’ils fassent un peu plus ample connaissance en toute intimité. Line de son côté affichait un sourire victorieux.

Tout cela laissait un goût amer à Edgar qui se sentait particulièrement mal à l’aise. Il avait à la fois la sensation d’avoir été utilisé par les jumelles et le sentiment de ne pas avoir été compris, ou en tout cas, pas bien entendu. De plus, voir la belle Cora partir de cette manière-là l’avait touché particulièrement, sans qu’il n’arrive à savoir davantage ce qu’il ressentait exactement. Il avait l’esprit un peu embrumé, à cause de toutes ces émotions qui l’avaient traversé.

Cora marchait d’un pas lent et triste, la queue en balancier à chaque mouvement. Oui, Edgar en était tout peiné. Sans réfléchir, il lui courut après et l’interpella tendrement :

« Cora ? S’il vous plait, ne partez point, pas de cette façon-ci. Je ne peux pas… Je ne veux pas…

– Ca ne sert à rien de lutter contre le destin. C’était écrit et c’est toi qui a choisi, c’est comme ça !

– Ce n’est pas ça que je voulais. Pour moi, c’est impensable de vous choisir l’une plus que l’autre. J’ai besoin autant de vous que de votre sœur…

– S’il te plait, commence d’abord par nous tutoyer ! Manifestement, on va passer un peu de temps ensemble, non ? Et puis va donc rejoindre Linette qui t’attend !

– Viens, nous y allons ensemble. Je crois que… Il me semble qu’il faut vraiment que je vous parle, à toutes les deux ! »

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Edgar se colla avec tendresse à Cora pour la pousser vers sa sœur. Line était toute étonnée : avait-il fait son choix finalement ? Cora plutôt que Line ?

Mais dans la tête d’Edgar venait de se passer un déclic. Oui, il aimait ses siamoises, plus que jamais, avec beaucoup de tendresse et d’affection. Et c’était avec elles deux qu’il voulait être ! De ça, il n’avait aucun doute. Mais…

 

(A suivre…)

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L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien que par le coeur…

Nouvelle de la Saint Valentin 2016: Les Siamoises de Belleville (5ème partie) par Mariessourire et Maitre Renard

 

Edgar en était là dans ses pensées quand Line dit à sa jumelle :

« Bon, ok, il nous aime toutes les deux. Et tu l’as chouffé la première, d’accord…

– Eh oui, toutes les deux. T’as vu le temps que ça lui a pris pour nous le dire ?

– Ouais… J’sais pas trop c’qu’on peut faire de lui, là ?

– Ouais… C’est la dèche ! Tiens, ça me fait penser à Gudule, tu t’rappelles de ce marteau ? Ce qu’on a pu rigoler !! Il s’était maqué avec Acacia et Pimprenelle, en même temps, mais elles n’étaient pas au courant… Le foin que ça a fait ! »

Elles parlaient librement devant Edgar, semblant oublier sa présence. Il se demandait s’il n’était pas en train de devenir fou. Pire que l’enfer… Pire que le plus cauchemardesque des cauchemars, les siamoises de Belleville…

Son cœur battait sur un rythme fou, saccadé. Edgar n’arrivait pas à rassembler ses idées. Et elles, après s’être battues, elles papotaient comme si rien ne s’était passé… et surtout comme s’il n’était pas là, comme s’il n’avait pas montré son âme et son cœur à ces demoiselles très loin d’être en détresse.

Un « boloss» comme elles disaient, voilà ce qu’il était…

Désespéré, il fit mine de partir mais se ravisant, il se retourna et les regarda comme s’il ne devait plus jamais les voir.

Aussitôt Line leva la patte en direction d’Edgar qui s’immobilisa.

« Où tu vas comme ça ? On n’en a pas fini avec toi ! lui dit-elle.

– Moi ? Où vais-je ? Mais je rentre Miss, j’ai bien compris que vous continuez de vous gausser de ma personne. Allons, soyons sérieux, j’ai eu tort de me confier à vous. Je ne fais que semer pagaille et dispute entre vous. Oubliez donc tout ce que je vous ai dit. Cela est bien mieux ainsi…

– Non, rétorqua Cora. On n’oublie rien !

– Et toi tu restes là ! » rajouta Line un brin mystérieuse.

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Edgar en resta les yeux ronds comme ceux des hiboux, les pattes sciées, le souffle coupé. Mais qu’avaient-elles donc dans la tête ? Voulaient-elles lui faire perdre la tête ? Il se sentait complètement perdu. Ses clignotants internes étaient passés au rouge vif, lui demandant de reprendre le cours des choses de façon normale. Il avait bien eu tort de leur parler à cœur ouvert, s’étant mis dans une position très délicate. Mais il y avait pire encore.

Sa réaction primitive quand Line était venue l’effleurer toute en sensualité l’avait surpris. En temps normal, il aurait sauté sur l’occasion, ne laissant aucune chance à la minette de sortir de ses griffes. Et là, il s’était écarté, gêné par ce qu’elle lui offrait… Que lui arrivait-il ? Pourquoi rien ne se passait comme prévu ?

Les siamoises l’empêchèrent d’aller plus loin dans sa réflexion. Elles avaient la tête de chats comploteurs dans l’ombre, leur tête des mauvais coups. Elles chuchotaient entre elles. Edgar tendit ses oreilles pointues en leur direction mais il ne réussit qu’à entendre des chuintements. Il fallait qu’il parte maintenant, et la tête haute lui !

« Mes beautés, je vois bien que je vous ai contrariées. Je vais vous laisser à présent. Permettez-moi de vous présenter mes hommages et de partir loin de votre vue. Il me semble que c’est la seule option envisageable avant que d’autres paroles malheureuses ne fussent prononcées entre vous et moi…
– Non, chat n’va pas être possible ! lui répondit Line, dans un battement de cils. On a pris une décision, moi et Cora. Et ne reste pas planté là comme un é-chat-las, viens donc ici !
– Permettez-moi de vous opposer un refus, Miss, je n’irais pas plus loin dans votre direction.
– C’est pas c’que t’imagines, on va pas te sauter dessus, m’enfin ! Non, au contraire : nous, on a un code d’honneur : c’est la première qui le voit qui l’a ! On s’est toujours dit qu’on ne sortirait jamais avec le même matou, question de principe entre nous, tu vois ?
– Magnifique ! Serai-je un objet à vos yeux ? Et non un matou, un vrai, un pur, un tatoué ?
– Qu’est-ce que tu jacasses quand tu t’y mets ! Rien à voir ! Allez ramène tes fesses ! Lui dit Cora, avec un sourire enjôleur, tu ne crains rien là, enfin pas pour le moment… »

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