S'il te plaît, apprivoise-moi…

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Nouvelle de Carine Lejeail: « Quatre mains » (Blog E(mots)tions)

 

 

Nouvelles de l’Extrême n°6: L’arnaque au muguet

L’arnaque au muguet 

S’il y en a qui ne chôment pas le jour de la Fête du travail, ce sont bien les vendeurs de muguet. Pasimages-84 moyen de trouver un journal ou de prendre un bus mais les escrocs de tous poils et de toutes les clochettes vous attendent de pied ferme à chaque coin du bois et de rue. Ce jeudi-là, justement, place Flamencq, le lei pérore de cette commune on ne peut plus tranquille du Var qui devise fièrement sur ses armoiries « Semper supra det » (latin: Qu’elle donne toujours davantage), pas moins d’une demi-douzaine de revendeurs de muguet! Pas tous à la sauvette, loin de là. Pour images-87moitié, il s’agissait de fleuristes du crû offrant des compositions haut de gamme aux meilleurs emplacements, ayant embauché exceptionnellement leurs enfants en renfort pour augmenter sensiblement leur argent de poche et concurrencer les « sauvages », les « gagne-petit » traditionnels qui ne font une activité commerciale que ce jour-là. Bref, de pauvres amateurs revendant avec une marge dérisoire des brins de 2ème,  voire de 3ème ou 4ème choix , parfois agrémentés d’une rose de leur jardin ou cueillie dans un jardin public , le tout emballé  à la diable dans un cornet de papier aluminium.  

Ces amateurs étaient au nombre de trois, en fait trois groupesimages-88 et associations cherchant à remplir leurs caisses et, à tout le moins, de s’offrir un coup, histoire de n’être pas venus pour rien. Le premier de ces groupes se présentait comme un club à vocation humanitaire « Ensemble unis dans un projet » , à savoir récolter des fonds pour équiper un orphelinat du sud Soudan. Deux mères avaient recruté leurs bambins de cinq à dix ans, les envoyant racoler le client avec leur sourire angélique. Le muguet était à peine ouvert mais les prix fort raisonnables et comment résister à ces grands yeux si charmants? 

images-91Ce premier groupe s’était installé armes et bagages, cartons sur lesquels on avait agrandi des articles de presse, bassines en plastique et tréteaux improvisés au pied de la fontaine centrale. A sa gauche, trois militants du PCF, avec faucille et marteau recomposés en légumes secs,  rappelaient que leurs camarades n’étaient pas tout à fait morts, même si la lutte finale avait blanchi leurs cheveux et terni leurs convictions d’un autre siècle.

Quant au dernier groupe, à la droite de la fontaine, il s’agissait du chic Lion’s club  qui faisait sa B.A. au nom d’enfants images-92autistes de l’hôpital de la commune voisine. Le face à face avec le PCF n’eut pas lieu, les représentants de la France d’en Haut et celle d’En-bas et de ce qui restait de la classe ouvrière se tournant manifestement le dos. Ces derniers avaient squattés un abri-bus et invitaient mollement à une souscription pour perfuser une trésorerie moribonde. 

Les rombières dûment chaussées de lunettes Chanel avec leur pin’s bleu et or en profitaient pour se donner rendez-vous au tournoi de bridge, positionnées bien sur sur le créneau BCBG. 

Je n’avais pas la moindre intention de bosser un jour pareil. Il eut été paradoxal de le faire ce jour-là alors que je passais le reste de l’année à cultiver le poil qui était poussé dans ma main le jour de ma naissance.

Pourtant, je repérai vite que le haut de la place et son église images-90n’était occupée par personne alors que la boulangerie, le caviste, la supérette et les deux cafés avec leurs terrasses accueillaient la populace prête à profiter de tous les ponts du mois de Marie, voire à poser des congés pour faire un viaduc jusqu’au 12. Après, il y aurait  les mouvements étudiants , les fonctionnaires en colère, les postiers mécontents et autres défilés de sempiternels râleurs parfaitement rodés à préparer les vacances et à profiter du retour du soleil sous les prétextes les plus divers et les plus variés.

Unknown-14Alors je m’accordai une dérogation à mon devoir de paresse. Je subtilisai une cagette de beaux brins matais à l’arrière de l’estafette d’un fleuriste ainsi que deux belles compositions et m’improvisai marchand du temple à la sortie de la messe . En moins d’une demi-heure , j’avais tout fourgué au meilleur prix avec un bénéfice net de 350 euros: qui dit mieux ? J’eus l’idée de renouveler l’opération à Toulon en consultant l’horaire des messes à la cathédrale mais cela aurait demandé un nouvel effort. Je ne m’accordai pas une seconde dérogation et décidai plutôt de m’offrir un repos bien mérité pour le reste de la journée.

J’en avais même oublié de m’en garder un brin. Que cela ne tienne. Une fois l’office fini, j’allais en cueillir un bouquet au pied de la statue de la madonne. Retour à l’envoyeur en quelque sorte… J’y ajoutai une fleur d’arum orangé , histoire de ne pas être dérangé par les revendeurs amateurs. Et voilà le travail ! 

Nouvelles méditerranéennes n°53: Habibi Yalie

Nouvelles méditerranéennes n°53

 

Habibi Yalil

A Alma





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Elle pouvait avoir une vingtaine d’années. Avec juste trois sacs, elle s’était installée à l’étage de la voiture TGV n°5 , juste en face de moi, ou presque, de biais. 

Elle semblait venir de nulle part puisque cela faisait déjà une heure que le train avait quitté la gare de Lyon à Paris. Elle n’avait rien de vraiment remarquable , mignonne comme toutes lard filles de son âge. Sa seule particularité – à supposer que c’en fût une- c’était justement de ne pas à en avoir, contrairement à toute la gente féminine de sa génération qui cherche à se distinguer à qui mieux mieux et le plus souvent pour le pire. Elle était habillée sobrement, peut-être très légèrement maquillée. 

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Si fait, légèrement maquillée tout de même avec des ongles soignés, d’un joli marron foncé , assortis à son gilet. Elle avait un petit air de madone italienne , sage, la lippe un tantinet boudeuse ou désabusée comme dans une oeuvre de Fra Filippo Lippi ou  sur les lèvres de Ginebra Benci du maître Leonardo da Vinci


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Aussitôt assise, elle s’était plongée dans un jeu d’esprit avec un stylo orange fluo des plus pimpants. Elle me jetait de temps à autre de regards interrogateurs, voire vaguement inquiets.

Elle avait quitté le froid, l’humidité, le gris blafard de la région parisienne pour retrouver la lumière du Sud et la chaleur de Noël provençaux. Comme un campagnol ou un loriot, elle se mit à grignoter des graines de tournesol avec la modestie d’un petit rongeur. Elle songeait déjà sa nouvelle vie là-bas comme si, en passant du nord au sud, elle franchissait elle aussi une ligne de démarcation intérieure.

Avec une grande délicatesse, elle dépiautait ses graines qui auraient pu germer tels des soleils de tournesol entre Aix et Nice. Plus que quelques heures et elle reverrait enfin la mer, sa mer, sa mère nourricière. L’Alma terra des Latins. C’est cette mer qu’on ne peut jamais vraiment quitter quand on est née sur les rivages de la Méditerranée. 

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Cette mer, cette mer toujours recommencée pour laquelle elle avait laissé tomber une troisième année en section tourisme, en cette fin de premier trimestre. Elle n’avait presque rien emporté, surtout pas cette garde-robe terne, informe et toujours plus épaisse qu’elle portait à Paris. Elle avait hâte de retrouver des tenues plus légères et plus colorées, plus saillantes et , pour tout dire, plus libres.  

Elle écoutait du Amel Bent  sur son ipod: « Ma philosophie ». Elle fredonnait cet air optimiste et entraînant qui lui correspondait parfaitement. De mon côté,  j’avais mis à fond dans les écouteurs Au café des Délices de Patrick Bruel et de la même Amel Bent :

…Yalil yalil tu n’oublieras pas
Yalil yalil ces parfums d’autrefois
Yalil yalil tu n’oublieras pas (*)

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Ce qui lui avait finalement manqué le plus finalement, c’était la lumière. Une lumière douce, souriante, à mille lieux de ce gris sale et poisseux de la capitale. Une lumière qui parle de printemps la plus grande partie de l’année. Une lumière qui pousse à flâner en terrasse et non pas à se terrer dans les arrière-salles au plus près des radiateurs. 
Et que dire de ces 5 à 10 degrés de différence de température au quotidien, de cette humidité qui vous pourrit la gorge et les os, de ces fauvettes  qui chantent avec entrain, de tous ces parfums de lauriers-roses et de jasmin, de myrte et de mimosa qui chatouillent les narines comme du Guerlain? Que dire encore de ces pins et leurs ramures en corolles tandis que les platanes défraîchis de Paris semblent emprisonnés dans des grilles pour les empêcher de prendre leur tronc à leur cou…?
Non, il ne faut pas des années pour comprendre que ceux qui ont passé leur enfance au bord de la Méditerrannée ne l’oublieront jamais tout à fait. Loin des yeux, le coeur se dessèche, dépérit peu à peu. Alors qu’importe de réussir, de gagner plus d’argent qu’il n’en faut, de sacrifier son temps et de ne plus le prendre pour « le perdre »… Si a vingt ans, on a déjà compris cela, on a déjà tout compris. Rien ne remplace jamais l’air du pays de son enfance. Mon étudiante suivait son instinct, le bon. Insouciance de l’âge ? Non pas. Le choix de la qualité de la vie. Paresse et farniente inclus.
 Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du Nord
J’aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord Emmenez-moi
Au bout de la terre
Emmenez-moi
Au pays des merveilles
II me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil.

Le grand Charles, lui aussi, savait où il fallait aller…
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NB: Yalil,est un appel adressé a la nuit « YA » veut dire « O » et « LIL » veut dire « nuit ». La nuit étant un moment propice,pour pleurer l’éloignement de sa bien aimée ,sa détresse, et sa peine . c’est souvent un refrain lancinant, toujours bien entonné au milieu de la chanson dans un concert par les grands chanteurs et chanteuses arabes tels que Farid al Attrach,Mohamed Abdelwahab, Oum kaltoum,et tant d’autres. « HABIBI » veut dire « MON AMOUR »..Le tout est a peu prés comme ça: O NUIT,O MON AMOUR.C’est difficile de traduire une façon de chanter propre a une société, surtout de la langue arabe,qui est une langue qualifiée de lyrique. 
 
 L’expression « Yalil Yalil Habibi Yalil » est une expression d’introduction que l’on utilise généralement dans les chansons arabes. Littéralement, ceci signifie « O Nuit, O Nuit, Mon Amour, O Nuit »
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