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Articles tagués ‘Belloue des sources’

Poésie: « La mouette et le goéland » de Belloue des Sources

La mouette et le goéland

Une petite mouette
dans les bras de l’océan se laisse porter

Au dessus d’elle un goéland
ne cesse de battre des ailes et d’appeler

Petite mouette, viens, viens !

Mais, la petite mouette
dans les bras de l’océan, reste muette

Petite mouette, viens, viens !

J’ai peur, j’ai peur Goéland,
je ne sais plus comment voler dans le vent
mes plumes semblent mortes
et mes ailes si frêles
C’est l’océan qui me porte
j’ai peur, j’ai peur

N’aies pas peur petite mouette
je connais les courants
je t’apprendrai à voler dans le vent
s’il le faut je te porterai sur mon dos
je te prêterai mes ailes
n’ai pas peur, viens, viens

J’ai trop peur Goéland
d’étranges nuées noires
ont chassé tous les nuages blancs
et au soir j’entends
si fort souffler l’ouragan
j’ai si peur, si peur

N’aies pas peur petite mouette
Là-haut dans les nuages cuivrés
je connais des cachettes
Sous un oreiller de clair de lune
je soignerai tes plumes
je guérirai ta voix
et on accrochera nos chuchotis
aux branchages des étoiles
et on accordera nos cris
aux cordes des harpes de printemps
N’aies pas peur, on trouvera
cette cité bleue
où volent les oiseaux de feu
viens, viens petite mouette, viens !

RETOUR

Oh Goéland
j’entends ton cri si grand
et voilà que mes ailes se déploient
et voilà que je redécouvre ma voix
je n’ai plus peur
Tant de fois j’ai rêvé cet endroit
où les oiseaux sont des rois
Si souvent j’ai rêvé
leurs plumages d’or

Oh Goéland !
mon cœur n’est pas mort
Je n’ai plus peur
arrache moi à l’océan
je veux crier dans le vent
et dans l’immense cité bleue
je veux, je veux, voler
comme ces oiseaux de feu
Oh goéland, emporte moi, emporte moi…

Et au-dessus de l’océan
portée par les ailes d’un grand Goéland
dans les raies du soleil
la petite mouette s’envole …

Poésie: Le Bal des papillons blancs par Belloue des Sources

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Le bal des papillons blancs

On les aurait dits
tombés du Paradis
Beaux à croquer
Beaux à faire craquer
Le ciel d’été

Toujours est-il
Qu’on les a vus
tourner, virevolter
comme deux jeunes premiers
La nature, il faut le dire
les avait gâtés d’une élégance, d’un raffiné
et d’un talent à faire jaser
toutes les sales langues du quartier

Au bal des débutants
dansaient au grand jour
dansaient comme des grands
deux papillons blancs

On peut dire
Qu’ils eurent cette chance
d’être nés en même temps
faits pour la danse, faits pour s’aimer
nos deux papillons blancs
Et sous les pommiers
ils s’aimèrent, s’aimèrent autant
et peut-être plus
qu’Eve et Adam
Ils s’aimèrent à en oublier
de boire et de manger
Et sous les pommiers
ils dansèrent longtemps, longtemps
comme des perdus
éperdument

Est-il ailleurs que sur la terre
cette danse primesautière
ce tango des condamnés
ce pas de valse éphémère
qui vit et meurt
dans la même journée

Toujours est-il
qu’ils sont nés,
qu’ils ont vécu
autant qu’ils ont pu

Ils ont dansé à se saouler
comme des damnés
Ils ont joué leur rôle,
de jeunes premiers
épaule contre épaule
sans se soucier

On les aurait dits
tombés du Paradis
beaux comme des enfants
à jouer leur vie
sans perdre de temps
et à danser leur bel amour
d’un jour

Au bal des débutants
On les aurait dits
si grands, si grands
nos deux papillons blancs

Belloue des Sources

Illustration de l’auteur

Poésie: « Les jouets fugueurs » par Belloue des Sources

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Les jouets fugueurs

Ah ! ils en passèrent des heures
Sur des chaînes de fabrique
Des tapis d’usine
Entre des mains d’assembleurs
Des bras de machines
Avant de finir en boutique

Ah ! ils en passèrent du temps
A faire bonne mine
A jouer les contents
Derrière des vitrines
A ne pas dire un mot
Ni bouger une patte
A mourir d’ennui
Pour plaire à des petits chéris
Des marmots, que l’on gâte

Ah! ils le jouèrent longtemps
Et à merveille
Leur rôle de jouet :
Nounours, poupon, poupée…
Jusqu’à cette veille de noël
Où ils en eurent assez
Ras la casquette
Plein les bottes
D’être les jouets d’une fête

Ah ! ils la prirent vite fait
La poudre d’escampette
Et firent un joli pied de nez
A cette grande hotte
Qui allait les emporter
Au pied des sapins
Pour remplir les petits patins

Tchou ! Tchou !
Le petit train électrique
Piaffe dans la boutique

Ah, ils ont bien préparé leur coup
Nos gentils voyous
Et c’est ainsi que loin des magasins
Loin des emballages
A bord du petit train
Sur deux étages
S’enfuirent comme de joyeux fugueurs
Les joujoux voyageurs

*

Texte et illustration-gravure sur cuivre à la pointe sèche

Belloue des Sources

Poésie: « Zéro » par Belloue

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ZERO

Zéro
T’es Zéro
Faut qu’tu te casses
Elle m’a jeté une balle vide
En pleine face
Un crachat sur mes défauts
J’ai encaissé cette balle,
Qui m’a laissé sur le carreau

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Et puis, j’me suis relevé
J’ai pris mon zéro sous l’bras
J’ai posé mon mouchoir par-dessus
Arrivera, ce qui arrivera
J’ai mis de l’eau dans mon vin
Un peu tard
Si j’avais su, si j’avais su
Un zéro, c’est pas rien
C’est pas rien, quand c’est le sien

Rien, j’n’étais plus rien
Qu’un Zéro,
Un cercle vide, enduit sur ma peau
Une balle stockée dans mon dos
Ce zéro, si creux mais si lourd
Jour et nuit
J’en ai fait le tour
Et puis un jour
Arriva ce qui arriva
Elle était là, de retour
Elle dessinait au tableau sombre
Une bataille de petits et grands nombres

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Elle m’a dit

Il est vrai
Qu’elles passent nos vies
Et qu’elles s’effacent aussi
Comme la craie
Qui trace des numéros
Avec leurs valeurs, leurs défauts

Elle m’a dit :
Regarde bien
Tous ces numéros
Sans zéro
Ne sont rien
Elle s’est approchée
A décroché le Zéro
Pendu dans mon dos
Et l’a placé
Au centre du tableau

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Poésie: « Rue des trafics » par Belloue des Sources


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Rue des trafics
Rue des trafics
Y a une chanteuse de rue
qui braille les bras aux ciels
Y a une voix d’indic
qui braille aux flics
qu’devant les gargotes
y’ a d’la coke, du crack
des gosses qui grelottent
des vies qui claquent
faut qu’la rue s’réveille ! 

Rue des trafics
Y a pas d’paroles en l’air
Y a une voix grave
qui vous prend aux tripes
qui crache sur les sales types
Une voix qui rapplique
qui dit qu’ça sent l’chite
ça pu l’fric
et qu’la jeunesse se perd
Partout par terre

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Rue des trafics
Y’ a des p’tites frappes
des p’tits durs
les poches remplies d’ came
qui rasent les murs
Y’ a plus d’âme
Y’ a qu’la fuite
la ronde des flics
les courses poursuite
Y a qu’des lâches
qui s’échappent
qu’on attrape, qu’on relâche
sans suite
Y a du drame, du tragique
Y a d’la jeunesse qui s’perd
partout par terre

Rue des trafics
Ya des mégots, des seringues
plein l’caniveau
Y a une voix grave
qui dénonce les planques
les épaves
les vies en manque
les cerveaux qui s’déglinguent
les vies qui s’flinguent

Rue des trafics
Y a d’la détresse qui traîne
qui s’entasse qui s’pique
Y’a des loques humaines
qu’on relève, qu’on ramasse
pleines de trous dans les veines
Ya d’la jeunesse qui s’perd
partout par terre

Rue des trafics
Y a une chanteuse de rue
qui n’chante pas pour plaire
Y a une voix d’justicière
qu’a du grain dans l’gosier
pour brailler
à ces pauvres gamins
qu’le chite, le crack
c’est qu’du trompe rêve
qu’on en crève

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Rues des trafics
Y a pas de paroles en l’air
Y a une chanteuse de rue
qui braille, qui dénonce
ce monde qui pionce
Qui dit qu’rue des trafics
y’a plus d’boutiques chics
mais qu’du commerce illicite
Qui dit qu’ça pu l’fric
qu’la jeunesse se tue
qu’la jeunesse se perd
partout par terre

Poésie: « Le bal des papillons blancs » de Belloue des Sources

Le bal des papillons blancs

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On les aurait dits
tombés du Paradis
beaux à crever l’écran
à laisser le ciel d’été
en arrière-plan
tout renversé, tout interdit

Toujours est-il
qu’on les a vus tourner
danser, virevolter
comme deux jeunes premiers
Car la nature, il faut le dire
les avait gâtés d’une élégance, d’un raffiné
et d’un talent à faire médire
toutes les commères du beau quartier

Au bal des débutants
dansaient comme des grands
deux papillons blancs

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Toujours est-il
qu’ils eurent cette chance
d’être nés en même temps
faits pour la danse, faits pour s’aimer
nos deux papillons blancs
Et sous les pommiers
ils s’aimèrent autant et peut être plus
qu’Eve et Adam
et sous les pommiers
ils dansèrent longtemps, longtemps
comme des perdus
éperdument

Est-il, ailleurs que sur terre
cette danse
ce tango des condamnés
ce pas de valse éphémère
qui vit et meurt dans la même journée

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Toujours est-il
qu’ils sont nés,
qu’ils ont vécu
autant qu’ils ont pu
Ils ont dansé à se saouler
comme des damnés
Ils ont joué leur rôle,
de jeunes premiers

épaule contre épaule
sans se soucier

On les aurait dits
tombés du Paradis
beaux comme des enfants
à jouer leur vie
sans perdre de temps
A danser leur amour d’un jour
au bal des débutants
On les aurait dits
si grands
nos deux papillons blancs

Poésie: Regards en miroir par Belloue des Sources

Regards en miroir

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Jusqu’aux rives de l’œil
Jusqu’au reflet des jeunes pupilles
Viennent et s’y promènent
Les paroles de l’aïeul à la petite fille
Et les yeux de l’enfant, rieurs, attentifs,
S’agrandissent, s’agrandissent

Vois-tu mon enfant
Ce que tu entends
Ce tic-tac de pendule
C’est une petite claque dans l’oreille
Un tintement minuscule
C’est un jeu de billes
Un jeté d’agates
Dans le pailleté de nos iris complices
Un goutte à goutte éternel
Dans le miroir de nos prunelles jumelles

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Vois-tu ma petite fille
Quand le cadran du temps nous dévisage
Qu’il nous oblige à ne plus cacher notre âge
Sache qu’en retour
Nous reste ce merveilleux regard
De papier buvard
Sache que nous reste
pour toujours
Notre grand regard d’enfant

Vois-tu ma petite fille
Jamais, jamais
Ne deviennent vieux ou laids
Les yeux qui chaque jour
Se réveillent
Brillent
Et s’émerveillent

Belloue des Sources

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