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Nouvelle de la saint Valentin: « Les Siamoises de Belleville » (2ème partie) par Mariessourire et Maitre Renard

 

Tout aurait pu en rester là. Tout aurait dû en rester là. Vous passiez nuitamment : je ne pouvais guère m’en formaliser. Sauf que… Sauf que je crus voir double. Ce n’était pas une ombre mais deux, ou plutôt deux fois la même ombre qui me passa sous les moustaches. Vous me vîtes sans doute mais, avec la même sorte de dédain hautain ou aristocratique, vous fîtes comme si je n’existais pas, comme si j’étais une statue plantée dans le décor, négligeable.  

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Vous étiez bien deux, indissociables, jumelles, siamoises pour tout dire et seul l’intensité du bleu de vos regards peut vous distinguer. Encore faut-il bien vous connaître. Et je ne vous connaissais pas du tout. Dois-je remercier le Seigneur de vous avoir mis sur ma route, pour le meilleur ou pour le pire, telle est la question ?  » 

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Les deux sœurs eurent un sourire énigmatique que n’aurait pas renier Mona Lisa elle-même. Elles ne voyaient pas bien où Edgar voulait en en venir mais cela n’avait guère d’importance : que cet Edgar était étrange et distrayant. Il avait l’air de débarquer d’une planète lointaine et poussiéreuse mais il valait son pesant de croquettes! 


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Edgar perçut qu’elles se moquent gentiment de lui et cela accentua sa maladresse. Un instant, il se demanda s’il devait s’arrêter là et trouver un prétexte pour rentrer sous terre ou dans le premier trou de souris venu… Las, il se décida de continuer, d’aller jusqu’au bout de son calvaire, de gravir le Golgotha et boire le calice jusqu’à la lie s’il le fallait mais il en aurait le cœur net… Quitte à se couvrir de ridicule, autant être habillé pour l’hiver… 

 .

«  Autant vous dire que votre apparition ne provoqua pas la moindre émotion non plus en moi. Enfin si… non… Ce n’est pas ce que je veux dire…  Je veux simplement dire qu’à ce moment-là votre indifférence m’indifférait ou bien que j’étais aussi indifférent que vous l’étiez à mon égard. Suis-je assez clair? » 

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Elles ne répondirent pas  directement, trouvant un plaisir certain à le laisser « pédaler dans la Blédine  et le Kit et Kat » suivant une de leurs expressions favorites de leur crû.  Elles se contentèrent d’un vague signe de tête qui voulait tout dire et le contraire de tout. Mortifié, Edgar se lança comme s’il devait se lancer dans le vide. Certes, il retomberait toujours sur ses pattes mais dans quel état ?  

 .

«  Vous ne m’avez même pas répondu quand je vous ai salué poliment! On aurait dit que j’étais de la pâtée pour chiens à vos yeux… 

 – C’est que nous ne parlons guère aux inconnus… On est plutôt du genre à leur donner des peignées!  Pour tout dire , nous revenions d’une soirée assez agitée et nous avions d’autres chats à fouetter… Nous étions en maraude pour nous trouver un abri ou une planque pour la nuit. Nous avions autre chose de plus urgent à faire que de compter les étoiles…  

 –  Mais je contemplais la lune bosse ! A ce propos , je vous ai composé un poème pour célébrer ce moment… Voulez-vous que je vous le déclame?  

 – Non merci, sans façon. 

– On n’aurait pas un sanglier sur le feu ? » 

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 Le bide. Le râteau. Edgar se liquéfia davantage encore s’il était possible. Il compter les épater… Il s’était pris les pattes dans le tapis ! Mais bon, une fois à bord du Titanic, autant  jouer « La marche funèbre » sur le mode mineur… Décidément ces filles étaient un cauchemar. Mais pas seulement.  

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( à suivre)

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Mariessourire essence d’émotions

L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien que par le coeur…

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