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Nouvelles beauceronnes n°26: Le diablesse verte du FCLO

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Et tip… Et tap… Tap tic… Tap tap…

Dès qu’elle avait une minute, elle tapait dans un ballon. Aussitôt sortie de l’école, elle filait au club du FCLO, le football-club Lucé ouest et allait chercher une balle. Au club house, elle était la première et attendait les autres balle au pied, en jouant entre les tables, en imaginant cent fois des parties où elle tenait tous les postes.

Emma, 8 ans et demi, n’avait pas un physique impressionnant , loin de là. Une jolie petite bouille, une coupe à la Jeanne d’Arc mais une détermination à toute épreuve. Puisque Lionel Messi, son idole, avait une technique hors pair qui mettait en échec ses adversaires, elle était persuadée de réussir comme lui. Mieux même que le géant Zlatan. Elle se rêvait championne du monde. Rien moins.

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Elle se fichait éperdument qu’on  dise d’elle qu’elle était un garçon manqué.  Et se moquait bien, tout pareillement, qu’on la qualifie de « fille réussie ». A cet âge, la différence importe peu. Elle, ce qu’elle voulait être, c’était  devenir une championne, une championne du monde. Et pis c’est tout… Elle jouait d’ailleurs avec les garçons et mettait un point d’honneur à ne jamais se faire impressionner par la taille ou le poids de l’adversaire. Très vite, elle avait trouvé son poste de prédilection au club: gardienne de but. La plupart des gamins se rêvaient buteurs. Elle, elle avait compris que c’était un poste ingrat mais qui lui permettait de se distinguer en mettant en échec les attaquants. 

Or Emma avait un sens du jeu et de l’anticipation rare à son âge. Comme elle n’avait peur de rien, elle n’hésitait pas à aller au devant des attaquants et  se jetait dans leurs pieds. Ceux-ci la voyaient débouler et marquaient une hésitation fatale avant de réagir ou de frapper. De la même façon, elle prenait l’ascendant psychologique lors du tir d’un pénalty en remuant les mains dans tous les sens, tout en observant jusqu’à la dernière seconde comment s’ouvrait le pied de l’adversaire. Ainsi elle avait des statistiques remarquables avec deux tiers des tirs qui n’allaient pas au fond des filets alors que les autres gardiens en encaissaient en moyenne 3 sur 4.

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Au FCLO, on était fier de celle qu’on surnomma rapidement « la Diablesse verte », le vert étant la couleur du club et de la ville de Lucé. Les dirigeants avaient voulu un symbole fort pour marquer la volonté d’un petit club qui n’avait pas peur des gros, un David contre Goliath. Sur le maillot,  figurait un diablotin souriant à l’instar des « Diables rouges » de l’équipe nationale belge. Emma était devenue rapidement la mascotte du club, ce qui n’avait fait qu’accroître sa détermination à réussir et son humilité. Jamais besoin de la motiver ni de lui remonter le moral. Pour elle, un échec correspondait juste à une erreur à rectifier et un enseignement à tirer pour les prochaines fois. 

Elle détestait l’échec et analysait chaque but encaissé à la vidéo pour voir comment elle aurait pu se placer autrement ou déstabiliser le tireur. Elle ne regardait les matchs de l’équipe de France que pour voir la technique du gardien de but. Elle apprenait aussi beaucoup  des équipes avec un gardien exceptionnel comme Gianluigi Buffon en Italie, Manuel Neuer en Allemagne. Qui, à son âge, pouvait se vanter d’avoir cherché sur internet les arrêts des plus grands gardiens de l’histoire, à commencer par les légendaires Lev Yachine, Dino Zoff ou Iker Casillas ?


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Autant dire qu’elle progressa beaucoup plus vite que les autres à son poste et que sa réputation dépassa le niveau local et départemental. Les clubs voisins tentèrent de la débaucher: en vain. Ses parents et  ses entraîneurs voulaient qu’elle garde la tête froide et les pieds sur terre, que le football reste un jeu. N’empêche qu’elle fut désignée meilleure gardienne au niveau régional et inter-régional alors qu’elle n’avait que 15 ans. Si le foot féminin est encore loin d’avoir la notoriété et les avantages du foot masculin, tous les espoirs étaient permis, tous les rêves aussi. Et le rêve d’Emma n’avait pas changé: devenir la première gardienne championne du monde française. 

A 17 ans, elle fut appelée plusieurs fois à Clairefontaine pour une pré-sélection en équipe de France, celle des Bluettes, les moins de 19 ans, la dernière marche avant d’intégrer l’Equipe de France. Elle fut brillante. Indiscutablement, elle avait toutes les qualités pour réussir au plus haut niveau. Si elle avait naturellement un don pour la vision du jeu et le sens de l’anticipation, elle avait travaillé, travaillé, travaillé plus que toutes les autres, travaillé encore pour cultiver son potentiel et devenir ainsi la meilleure d’entre toutes. Tout lui souriait, après une douzaine années d’efforts et de talent. 220px-Soccer_girl

Mais, un soir de décembre, en sortant du stade, les écouteurs dans les oreilles, Emma vit en face d’elle, sur la rue de la République, une gamine de 5 ans environ avec un gros ballon rouge et noir en mousse qu’elle tenait dans ses bras comme elle pouvait. Elle était trop chou. Emma se dit en souriant qu’elle devait lui ressembler au tout début de son aventure. Mais elle n’eut le temps de ne rien se dire d’autre. Une fourgonnette blanche recula à sa droite alors qu’elle était sur le trottoir et la renversa. Heureusement, par réflexe, Emma s’écarta en arrière de la main et évita d’être écrasée. Aussitôt elle fut transportée aux urgences. 

Si elle avait échappé au pire, Emma n’en était pas sérieusement amochée: sa tête avait heurté le bitume en tombant et elle risquait de perdre l’usage de son oeil droit. Au mieux, elle ne conserverait que deux dixièmes à cet oeil. Elle avait aussi perdu au moins momentanément les sens du goût et de l’odorat mais les chirurgiens lui laissaient un espoir de les récupérer dans les six prochains mois, sans garantie. Mais le plus grave, c’était pour son bras droit, salement touché et qui nécessitait la pose d’une prothèse de la main et de l’avant-bras. 

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Emma ne pleura pas. Emma ne se découragea nullement. Immédiatement elle se dit qu’elle reviendrait au plus haut niveau. Elle n’en douta jamais. Si elle avait fait de la longueur, de la hauteur ou du triple saut et qu’on aurait dû l’amputer, elle aurait dû tout remettre en question, perdre sa raison de vivre mais il lui restait un oeil et une main artificielle ne l’empêcherait nullement d’empêcher le ballon de rentrer dans ses filets. Personne d’autre qu’elle ne croyait qu’elle pourrait pratiquer son sport au plus haut niveau.

Solitairement, elle fit tout pour compenser ses handicaps. Elle modifia la position de sa tête et celle de son corps pour que son champ de vision ne soit guère différent qu’autrefois. Quant à sa prothèse, elle sut en faire un atout supplémentaire en déviant davantage la course des ballons quand la prise en main était approximative ou incertaine. Elle mit exactement dix mois, soit une saison, pour retrouver son niveau d’excellence.  Pour chacun au FCLO, elle était un modèle de volonté et de rigueur. Il y avait pour elle, une réelle admiration qui se elle se lisait surtout dans les regards. 

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Quand il fut question de sélectionner de nouveau Emma au plus haut niveau, ce n’est ni l’esprit sportif ni celui de solidarité qui se manifesta, bien au contraire. Dans l’entourage des deux ou trois filles avec lesquelles elle se trouvait en concurrence, on se déchaîna sous tous les prétextes: des problèmes juridiques pouvaient apparaître à l’étranger , sa vision pouvait encore se dégrader à cause de ses sauts à répétition, le statut  spécial des athlètes handisport – en rappelant en premier lieu le cas d’Oscar Pistorius, l’athlète d’Afrique du Sud, qu’on ne voulait pas aligner avec les autres à cause de ses prothèses-…. L’occasion était trop belle d’évincer celle dont les performances étaient pourtant bien supérieures aux autres.

On peut lutter contre beaucoup de choses mais guère contre la bêtise, la jalousie et la méchanceté. Emma comprit très vite qu’elle pouvait se battre contre elle même pour donner le meilleur d’elle-même mais pas contre ça. Elle ne jeta pas l’éponge pour autant. Elle passa avec application et succès ses diplômes d’entraîneur et aussi aussi ceux d’arbitre. Elle devint arbitre internationale et la première française à arbitrer une finale de coupe du monde, entre les Etats-Unis et l’Allemagne. Comme quoi… La petite Diablesse verte avait quand même gagné et réalisé son rêve d’enfant..

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Nouvelles beauceronnes n°24: Danse avec la mort

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«Soyez joyeux et profitez de votre vie.» Cette épitaphe écrite au IIIe siècle avant J-C étonne d’autant plus, encore aujourd’hui, qu’elle est censée être prononcée par un squelette. Une équipe d’archéologues a  traduit l’une des inscriptions de la mosaïque funéraire grecque retrouvée en 2012 dans la province d’Hatay, au sud de la Turquie. Cette mosaïque présente  ce squelette vautré sur un coussin tenant dans sa main droite une coupe en argent. Trois autres éléments complètent le tableau : un morceau de pain, une jarre de vin et donc cette  étrange inscription qui rappelle le fameux Carpe Diem.Profitons donc joyeusement !

En fait, les grecs comme les romains n’hésitaient pas à brandir un squelette en plein milieu de leurs libations orgiaques. En témoigne Le Satyricon de Pétrole : lors de son banquet, l’affranchi Trimalcion fait agiter un squelette en argent sous le nez de ses convives, en pleine Rome décadente. Le message se veut didactique: « Rappelez vous que vous êtes mortels et que la vie est si courte. Bientôt vous ne serez que cendres . Dépêchez-vous donc de jouir et de profiter  de cette vie. » Edifiant, non?

Quelques siècles plus tard, le christianisme n’a pas manqué de reprendre ce message mais  avec une connotation assez différente. Il s’agissait en l’occurrence de penser à la mort prochaine, souvent soudaine, pour préparer son âme pour Dieu. Autant dire qu’il ne s’agissait plus de profiter de la vie mais, au contraire, de faire preuve d’ascétisme et de modestie. Cela a été particulièrement vrai entre le XIVème et le XVIème siècle. La période a été particulièrement noire et traumatisante pour l’humanité avec la Guerre de Cent ans, les famines et la peste. On estime qu’ un quart de la population en Europe de l’époque est passé de vie à trépas de façon fort peu naturelle…

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Le message chrétien a été diffusé par deux biais : par des textes poétiques diffusés dans tous les pays par des troupes de théâtre de rue , généralement sur le parvis des églises, et par des fresques sur les murs des églises et dans les cimetières. Il existe ainsi une trace d’une petite centaine de danses macabres en Europe dont une dizaine en France . La plus intéressante peut-être se situe en Eure-et-Loir, en l’église Saint-Orien de Meslay-le-Grenet, à quelques kilomètres au sud de Chartres.

Ces danses macabres représentent des sarabandes mêlant vivants et morts. Elles mettent en évidence l’idée d une égalité devant la mort et la vanité des distinctions sociales puisque la Mort frappe et fauche aussi bien le Pape que le prêtre, l’ Empereur que le soldat, le banquier que le mendiant, le vieillard, la femme ou l’enfant.

Au XIIIème siècle déjà, l’idée germait d’une leçon et d’une injonction à vivre en conformité avec la religion à cause de la terrible Camarde. Les dits des Trois morts et des Trois vifs se présentent le plus souvent sous forme de peintures , de miniatures, d’enluminures, voire de sculptures. Il s’agit de trois cadavres s’adressant à trois jeunes hommes, souvent riches, pratiquant l’art de la chasse. Ces trois Morts viennent brutalement rappeler la précarité de la vie et à la nécessité de se tenir prêt pour l’inéluctable. Rappelez-vous la ballade des Pendus de Villon, l’avertissement est le même:

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six :
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

On a recensé 91 représentations murales du dit des Trois morts et des trois vifs, très inégalement réparties. L’Yonne en compte le plus avec 7 et l’Eure-et-Loir  5: Alluyes, Amilly, les Atels-Villevillon, la Ferté-Vidame et Meslay-le-Grenet, ce dernier site étant le seul à réunir un Dit des trois morts et des trois vifs et une danse macabre. Sa mise à jour est relativement récente puisqu’elle a été redécouverte sous un enduit en 1973, d’où son état de conservation remarquable de cet ensemble daté de la fin du XIVème- début du XVème siècle. 

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Cette  Danse Macabre est  une procession où la mort entraîne à sa suite des vivants représentants tous les états sociaux. Elle est composée de vingt couples squelettes-mortels répartis sur les murs sud et ouest de l’église.  Sous chaque couple, on peut lire un texte en vieux français qui prête des paroles à la mort et aux vivants. 
 Peu de personnes étant lettrées, les édifices religieux et leurs multiples images peintes ou sculptées apparaissaient alors comme de véritables livres ouverts dédiés à l’instruction religieuse du peuple. Le message véhiculé par l’Eglise était on ne peut plus simple et direct:  la mort pèse sur tout le monde,  menaçant tout aussi bien les nobles que paysans, n’épargnant pas  même les religieux. La  satire sociale est forte et quelque peu consolante pour la plupart: les riches et les nobles ne sont pas épargnés, au contraire. Ils s’accrochent vainement à leurs attributs, grotesques chimères.
La mort remet tout le monde à égalité et elle effacera pour les plus humbles les injustices subies sur Terre. On se console comme on peut. La Liberté, l’Egalité et la Fraternité, ce sera pour plus tard, pour beaucoup plus tard, en droit et en paroles, sinon en actes.
 La mort peut donc vous saisir à tout instant:  pour échapper à l’Enfer à l’heure du Jugement Dernier, il faut nécessairement  mener une vie exemplaire, ascétique, pratiquer l’aumône et servir l’Eglise. Un véritable sermon sous le nez de chacun  ! 
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Tout cela serait relativement cohérent et somme toute assez simple s’il n’y avait pas un petit mystère, un grain de sable dans cette morale mystique. S’il y a bien vingt couples dans cette sarabande de squelettes entraînant chacun son mortel vers l’Au-delà , sur les deux murs ouest et sud de l’église de Meslay-le-Grenet,  on a aussi découvert deux moitiés de personnages, exactement à l’angle opposé, à la jointure des murs nord et est. Or ces deux figures datent bien de la même époque comme l’a prouvé l’analyse des pigments. Si elles ne sont pas postérieures, alors que viennent-elles faire, isolées et incomplètes?
A y regarder de plus près, les deux moitiés verticales des personnages ont l’air d’aller l’une vers l’autre et, plus curieux encore, le haut de ces personnages est figuratif alors que leurs vêtements dévoilent des jambes  … en ossements!  L’un des plus éminents spécialistes des danses macabres, professeur d’université à Turin, el dottore Otto Rino , a avancé l’hypothèse suivante que rien ne corrobore mais qui a le mérite de tenir à peu près la route: ce couple à part a l’air d’échapper à la sarabande mortelle. Sur le mur nord, il s’agirait d’un poète, d’un troubadour, d’un artiste comme en témoigne l’objet qu’il tient à la main, vraisemblablement un calame ou une plume d’oiseau. A sa droite, une femme est sans doute sa muse, son inspiratrice. Elle tient dans sa main une couronne de lauriers.
« Je suis convaincu que les artistes de l’époque ont voulu réserver un sort particulier à ceux qui créent,  images humaines du Créateur lui-même. Leurs oeuvres échappent au Temps parfois. Inspirés par l’Amour, ils peuvent accéder à l’Immortalité par leur Art, leurs écrits ou leurs sculptures, qu’ils laissent aux regards de leurs successeurs.  Ici, c’est comme les deux personnages s’échappaient dans l’infractuosité du mur, qu’ils s’échappaient à la condition mortelle. »  souligne l’éminent l’universitaire.
« Mais il y a une autre interprétation moins optimiste: L’art comme l’amour ne sont aussi que des illusions. La Muse a peut-être trahi le Poète par versatilité ou cupidité, à moins que le Poète ait cherché d’autres conquêtes faciles: bref, d’une manière ou d’une autre, ils ont bafoué leurs serments de sable réciproques. Ils ne sont l’un et l’autre que des cadavres sur pieds et ne se sont pas encore aperçu qu’ils étaient peut-être les premiers à avoir creusé leurs tombes … Vanitas vanitatum, omnia vanitas ; sic transit gloria mundi « 
Aujourd’hui, cette partie de la fresque  n’est plus accessible au public. Elle a été déposée pour restauration mais a inexplicablement disparu en même temps que le dottore Otto Rino. Le professeur qui a été retrouvé à Turin porte bien le même nom mais est une sommité en matière de mouches… S’agirait-il d’un imposteur ou lui-même est-il à ajouter à la liste des disparitions mystérieuses et inquiétantes? A l’heure actuelle, on recherche toujours son squelette…
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Nouvelles beauceronnes n°21: Thierry de Janville, dit Thierry la Fronde

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Janville, commune d’à peine 2.000 habitants à l’est du département, brille par son insignifiance. Si les communes heureuses n’ont pas d’histoires, assurément Janville nage dans le pur bonheur. Aucune particularité dans ce gros bourg  des plus banals si ce n’est un parc de ventilateurs géants qu’on nomme aussi éoliennes… A défaut d’attirer la curiosité, on brasse donc du vent à tout va. 

Le personnage le plus emblématique – à l’exception de Maurice Viollette qui vit le jour dans la commune- est aussi un brasseur de vent : Thierry la Fronde, un justicier en culotte de peau qui avait projet de bouter l’anglais hors de France avec … une fronde! Pourquoi pas  un lance-pierres? Un précurseur de l’intifada au milieu du XIVème siècle. Ce  Jeanne d’Arc au masculin avait lui aussi le projet de délivrer son roi, en l’occurrence Jean II, et s’est donné pour mission de repousser l’occupant, les troupes du Prince de Galles. A coups de cailloux…Elle n’est pas choucarde, celle-là? 

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Dans les années 60 – entre novembre 63 et  mars 66 plus précisément – les téléspectateurs ont attendu fébrilement les aventures de ce gentil hors-la-loi, Robin des bois à la française , le dimanche soir à 19h30 sur la chaîne unique en noir et blanc. Thierry de Janville aurait tout aussi bien pu s’appeler « Thierry de Trifouilly-les-Oies » ou « Thierry de Pétaouchnock » . La forêt des Carnutes, ça faisait belle lurette qu’elle avait été ratiboisée et ce sieur Thierry devait avoir l’air malin pour trouver une cachette dans une plaine de champs  de betteraves. La vérité historique et même la crédibilité la plus élémentaire, il s’était sans doute assis dessus avec son collant et son brushing à toute  épreuve.

Même si je n’avais alors qu’entre 6 et 10 ans, j’avoue que cette bande de traîne-savates armés de bâtons avait du mal à m’émouvoir. Il n’y a que la médaille du héros de la campagne qui suscitait chez moi un brin d’envie. Quant à passer une demi-heure à taper sur des cloportes anglais qui avaient tous sur la tête le saladier en inox de leur grand-mère, ça lasse vite… Thierry et ses compagnons étaient toujours contents d’eux, s’en tiraient sans même une égratignure et paraissaient plus rusés que renards. C’était un peu gênant à force : les méchants anglais finissaient par prendre le statut de victimes et le ramassis de clampins janvillois celui de fieffés bagarreurs indestructibles. A faire douter des vrais bons et des méchants en bois…

Notre héroïque résistant à la mie de pain, notre Jean Moulin de la Guerre de Cent ans  avait une belle gueule et un sourire carnassier. Ses accolytes  seraient pour la plupart étiquetés aujourd’hui « cas soc ». Et c’est bien sûr avec cette armée de bric et de broc, de bras cassés devenus soudain fers de lance contre les envahisseurs que Thierry de Janville allait bravement ( ou en toute inconscience…) braver le monde…  Boucicaut, Gauthier, Bertrand le tonnelier, Martin le sabotier, Jehan le larron, Judas le comédien ou même Pierre le Poète avaient autant la vocation de combattre la soldatesque anglaise que de défiler pour Jean-Paul Gauthier. 

La mièvre Isabelle , qui avait toujours l’air d’avoir les pieds dans le même sabot, était la seule touche féminine et sentimentalo-bergère de cette série parfaitement machiste.  Ca bagarrait à tout va, ça castagnait à longueur de temps, ça se filait des avoines et des peignées à longueur d’épisodes en évitant soigneusement les morts… Les  cadavres anglais comptait pour du beurre. Le sang ne coulait jamais et on se serait cru dans un album d’Astérix avant la lettre. Seule consolation: pour une fois, on vengeait Jeanne d’Arc  alors que, même au rugby, l’équipe nationale tricolore se prenait tôle sur tôle contre nos ennemis héréditaires.

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Il a eu dans notre histoire un Jean sans Terre ,  un Charles III le Simple et un Louis V le Fainéant. Thierry de Danville devenu Thierry la Fronde aurait tout aussi bien pu devenir Thierry en Slip ou Thierry la betterave. C’est dire si à Janville, il ne se passe pas grand chose. Côté communication, on en est encore aux balbutiements. Pourtant il a failli se passer quelque chose d’un peu croustillant voici quelques années. Le 27 juillet 2012 pour être précis.

Ce jour-là, ou plutôt cette nuit là, un habitant appelle la gendarmerie et déclare: « Une forme triangulaire et lumineuse de couleur orange est en train de stationner dans le ciel » Il est 3h23  et, à cette heure, tout le monde est assoupi ou presque. Le gendarme de permanence , par acquis de conscience sort pour constater lui-même ce phénomène: en effet, le ciel a une couleur inhabituelle et il constate qu’un objet non identifiable est en train de s’éloigner plein sud. Le temps d’aller chercher son appareil photo pour immortaliser la scène et avoir une trace de ce qui s’est passé, trop tard: l’engin est trop éloigné et la nuit est redevenue d’encre ou presque. 

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Cette même nuit, deux habitants du village voisin de Toury ont fait aux autorités un signalement similaire. Le phénomène fut signalé au Geipan, le très sérieux Groupe d’études de d’information des phénomènes aérospatiaux non identifiés , afin de trouver une explication rationnelle à cette apparition comme un phénomène optique répliquant l’image du soleil, la suspicion d’un vol de ballon solaire ou de lanternes thaïlandaises, ces petits ballons à air chaud, voire d’un corps céleste étant entré dans l’atmosphère… Il ne fut pas possible de tirer une conclusion probante. On voulut recontacter de donneur d’alerte de Janville mais le numéro noté par le gendarme ne correspondait à rien. Peut-être une mauvaise transcription: il est vrai qu’à 3h du matin, l’attention est plus en veille qu’autre chose. Quant au nom laissé par cet habitant, personne n’en avait entendu parler dans la commune: Thierry Lefrondeur… Hallucinant, non? 

 

 

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Nouvelles beauceronnes n°20: Le magicien du Gué-de-Longroi

 

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Le 18 avril de l’an 2000, mon ami Garcimore a traversé le miroir et est arrivé au Paradis, celui des éternels enfants, des naïfs, des tendres, des poètes et des magiciens de génie. Croyez-moi, il y mit aussitôt une joyeuse folie, un bazar de tous les diables ! Saint Pierre crut qu’il avait perdu ses clés. Il les retrouva dans la mitre d’un évêque avec le sonotone d’un cardinal.  José transforma les auréoles des uns et des autres en anneaux olympiques. Il changea les nuages en polochons cotonneux. Quant à l’Esprit Saint, on crut bien qu’il l’avait fait disparaître dans la volière de  ses colombes.

Quand il rendit la vue aux paralytiques et fit marcher le chien de Bernard sur les os, le Big Boss lui-même éclata de rire. Saint Glinglin se fit sonner les cloches, saint Pantaléon dut remettre sa culotte à l’endroit. Sainte Anne se mit à braire, sainte Marguerite et sainte Rita à faire des pizzas.

Un tour de cartes par ci, un coup de baguette magique par là et plus personne n’y retrouva plus ses petits. Mais, vous pensez bien, les anges et tous les saints ne se fachèrent pas, tout au contraire. Car il faut bien l’avouer, au Paradis, on s’ennuie un peu… 

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Le Paradis, c’est certes tous frais payés et d’une incomparable douceur avec un groom service qui prévient vos moindres désirs mais , à la longue… Ca finit par ne pas être drôle que de réaliser toutes ses envies, et encore seulement des envies très catholiques donc pas forcément les plus amusantes. J’ai envie de pain béni, ça oui, mais dès qu’on veut donner dans le baba au rhum, le saint honoré crémeux ou la religieuse au café, ça commence à tousser… Imaginez pour une bouteille de téquila, un baril de mojito ou un tonneau cul sec de whisky zéro coca… Eau bénite à volonté…. Et pas moyen de transformer l’eau en vin comme le fils du patron! 

Les anges et tous les saints étaient ravis  mais un peu déconcertés de voir un prestidigitateur aussi talentueux, un magicien éblouissant, toujours en train de mettre en oeuvre des idées nouvelles, plus surprenantes les unes que les autres. C’était l’occasion où jamais d’être étonné, stupéfait, ébloui par un savoir-faire particulièrement pointu et pourtant attendrissant, délicieusement enfantin. La gentillesse de Garcimore, sa simplicité, son humilité absolue faisaient tomber les barrières des plus grincheux, des plus récalcitrants, des plus sceptiques et des plus allergiques à l’inexplicable et  au mystérieux.

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Ses complices de toujours étaient avec lui: la chienne Dolly, la chouette, le chinchilla et les inséparables souris Tac et Tac-tac. Sans compter leurs doubles et remplaçants. Pour un peu, on aurait crû que José avait un ou deux frères jumeaux à force de se démultiplier et de multiplier les miracles. La multiplication des pains, ce n’était pas lui mais  n’avait-il qu’adapté ce tour du fils du Grand Manitou? Mystère, mystère…

La ménagerie de Garcimore n’avait rien à envier à l’arche de Noé. A croire aussi qu’ils avaient les mêmes dons  que leur maître. Vous placiez un lapin et une carotte  dans le chapeau haut de forme et un…deux… trois : il ne restait plus que le lapin! Etonnant, non? Trois, deux, un… Cette fois le lapin avait disparu et seule restait une carotte géante. Mieux qu’Harry Potter!

 

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Mais il n’y a pas qu’au ciel que mon ami a tout mis dessus dessous. Au cimetière du Gué-de-Longroi où il ne repose pas, il fait rire tous ses voisins et toutes ses voisines, en se déguisant en fantôme. C’est pourquoi vous aurez du mal à trouver sa sépulture. Peut-être n’a-t-il pas voulu par pure modestie une oeuvre monumentale. A moins qu’il n’ait choisi de pouvoir s’échapper ainsi plus facilement , préférant un carré d’herbe et de graminées sauvages au marbre froid et aux fleurs artificielles en bouquet. 

Si on ne le voit pas, on l’entend parfois: les soirs d’orage, il offre un concert de tuba, son instrument de prédilection. Car José était d’abord et avant tout un musicien, ce que le grand public ne sait guère. Il a même fait partie de l’orchestre de Madrid. Il s’est converti à la magie pour pouvoir découvrir le monde sans apprendre les langues. Il n’est jamais allé plus loin que Paris et a conquis les foules avec ses tours de passe-passe et un vocabulaire limité, mais avec l’authentique magie qui lui est propre. Son délicieux accent, lui, n’a jamais disparu. Il paraît que, par contagion, plus d’un saint a pris son accent…

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Il a  révolutionné la magie. Avant lui, elle se faisait en frac, haut de forme et gants blancs. Lui, il l’a rendue « décontrastée » parce que « des fois, ça marche, des fois, ça marche pas! ». En fait, ça marchait toujours et il travaillait beaucoup dans ses capharnaüms pour préparer des surprises les plus stupéfiantes les unes que les autres. Faire simple, accessible, c’est très compliqué. L’improvisation, encore plus. A moins de la préparer, de la préparer encore, de passer son temps à répéter et faire comme si… Alors: « ché magic! »

Ce matin, devant ma glace, j’ai entendu un air de tuba à l’accent espagnol. Il était là. Il était là et avait volé mon reflet. Ca le faisait rire et moi aussi. 

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Nouvelles beauceronnes n °19 : Gédéon Richecoeur prend la mouche

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Gédéon Richecoeur était le seigneur et maître de la ferme fortifiée de Guillandru, à quelques hectomètres de Châteauneuf en Thymerais. Il était d’autant plus le seigneur et maître qu’il était le seul survivant excentrique de la famille Richecoeur. Il régnait sur sa ferme à moitié délabrée en monarque absolu ou plutôt en roi fainéant. Son exploitation lui rapportait assez pour vivre plus que décemment , surtout quand on n’a nul besoin ou presque. Il n’avait pas même la télévision mais écoutait du matin au soir France Culture et, le dimanche soir, l’inévitable  « Masque et la  Plume » sur France Inter.

Il ne sortait pour ainsi dire jamais et sa vie sociale était réduite à la plus simple expression. C’était un plutôt beau garçon d’une quarantaine d’années qui aurait sans doute fait les dimanches de plus d’une belle des alentours mais il s’intéressait plus aux horaires des marées qu’à la bagatelle. Il était en parfaite harmonie avec sa ferme fortifiée, comme elle sans ouverture. Si, à l’époque, elles avaient été édifiées contre les brigands et les envahisseurs anglais, le Gédéon était lui-même inaccessible, sans prise avec l’extérieur. Et pourtant, il semblait ne pas s’en porter plus mal. Il avait même un petit côté épanoui, à moitié perdu dans ses pensées et dans ses rêves, si bien qu’il affichait toujours un énigmatique sourire aux coins des lèvres que chacun pouvait interpréter à sa guise. 

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Gédéon Richecoeur passait pour un original. Il l’était. Il passait aussi pour un marginal. Il l’était aussi incontestablement. Mais comme il ne dérangeait personne, tout le monde lui fichait une paix royale. Personne ne s’intéressait vraiment à lui pour tout dire. On l’estimait parfaitement inoffensif , un brin fêlé peut-être mais ne présentant pas le moindre danger pour quiconque. Voire… C’est-à-dire que comme Gédéon disposait non seulement de tout son temps et largement de quoi vivre, il se piquait d’innovations. On est curieux ou pas. Lui l’était pour deux, voire trois, quatre ou plus. 

Même s’il n’en avait guère besoin, il s’était dit qu’il allait être novateur dans sa production. Il avait très attentivement écouté une fort tardive émission de radio sur les perspectives d’améliorer l’alimentation humaine dans les cinquante prochaines années. Il s’était dit que les hauts murs de la ferme de Guillandru seraient un lieu d’expérimentation idéale pour se lancer dans un programme innovant et prometteur qui avaient déjà fait ses preuves dans d’autre pays : l’élevage de mouches.

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Son arme de construction massive: de grosses mouches américaines de l’espèce « black soldier fly ». Ce  bon  petit soldat noir est une véritable panacée. Sa larve est une  machine à recycler les déchets :  résidus de cantines,  fruits et légumes invendus,  lisiers de volailles, réduits en une bouillie assez peu ragoûtante, font le miellée cette petite bête qui les digère et les transforme en un excellent engrais naturel, pour un prix dérisoire.

Quant à l’asticot lui-même, il constitue une remarquable réserve de protéines, à l’heure où le monde entier se demande où, demain, il va bien pouvoir trouver la nourriture de 15 milliards d’habitants. En Afrique et en Asie, manger des insectes et des larves fait partie de la culture. Sous nos latitudes, elles sont tout juste bonnes à constituer une épreuve d’immunité à Koh-Lanta…  Mais il faut prévoir, avoir un coup d’avance ou deux, parier sur les débouchés et être les premiers sur les créneaux porteurs. 

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En tant que tel, la barrière psychologique risquait d’être difficile à faire tomber pour la nourriture humaine pour quelques années. Pour l’alimentation animale, cela pouvait être plus jouable. Depuis la crise de la vache folle, il y avait des méfiances et des mesures prophylactiques pour éviter de nourrir des bovins avec de la farine animale.  La législation  interdit ainsi de donner de la nourriture d’origine animale à des animaux terrestres. Mais nourrir des animaux d’élevage , du poisson au cochon en passant par les volailles avec ce type de larves protéines n’a rien de farfelu.

Et ce n’était pas là le sel débouché pour la culture ou l’élevage de ces mouches qui, au demeurant, n’était pas très compliqué à mettre en place. Une fois les larves de mouches écloses, elles sont alors récupérées, séchées et broyées jusqu’à obtenir la consistance de cornflakes. L’espèce de mouche soldat transforme les déchets organiques (viande, poisson, fruits, légumes, laitages, etc.) en « un résidu poudreux », pouvant servir d’amendement organique ou d’engrais. Elles sont ensuite livrées à un fabricant d’aliments pour animaux qui les conditionnent. Or, cette production est extrêmement rentables puisque en 72 heures, un kilo d’œufs se transforme en environ 380 kilos de larves.

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Les vertus de la mouche sont multiples. A l’état de larve, l’espèce donne une matière première aux multiples débouchés, pour la viticulture comme pour le maraîchage. Pressée, elle peut aussi donner de l’huile utilisable pour l’alimentation animale, les biocarburants, les lubrifiants… La larve, riche en chitine, intéresse aussi les secteurs du biomédical, des bioplastiques, des biotechnologies et du cosmétique.

Gédéon Richecoeur bichonnait ses mouches au point de rester des heures devant les cages spécialement aménagées et grouillantes d’une fortune prochaine. Tout autre que lui aurait trouvé ces masses gesticulations informes, nauséabondes et totalement répugnantes. Pas Gédéon. Il était littéralement fasciné par ces asticots sans queue ni tête qui gigotaient frénétiquement puis par les mouches bleu nuit qui finissaient par sortir comme une armée des ombres. Il les suivait du regard au point de mimer leurs attitudes, de les imiter et de vrombir comme elles. 

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Ce n’était pas vraiment l’argent qui l’intéressait dans cette expérience mais plutôt son rôle de découvreur, de professeur Nimbus, précurseur dans un domaine qui, demain, pourrait résoudre une bonne part du problème de la faim dans le monde. Rien moins. Il en tirait une légitime fierté, même si, prudemment, pour ne pas éveiller l’attention d’éventuels concurrents, il se faisait discrètement livrer une fois par semaine de quoi nourrir ses mouches par une entreprise tourangelle. On n’est jamais trop prudent. Tant de gens posent décidément trop de questions …

Il suffit parfois d’un grain de sable, du battement d’ailes d’un papillon, pour que la plus belle mécanique se grippe et que le projet le plus ambitieux s’écroule comme un vulgaire château de cartes.  C’est que qui arriva à notre ami Gédéon, alors qu’il achevait la phase d’expérimentation pour passer à la phase d’industrialisation. Il avait réussi à trouver un seuil de rentabilité très honnête et avait démarché de potentiels clients, parfois très ponctuels par exemple avec la nourriture pour batraciens, caméléons et autres perroquets dans les animaleries, d’autres à une échelle conséquente, pour la nourriture de poissons d’élevage comme la truite. Il maîtrisait désormais la chaîne de production, était capable d’assurer des volumes , de produire à la demande. La production s’annonçait des plus rentables : en 72 heures, un kilo d’œufs se transformait en environ 380 kilos de larves… Qui dit mieux?

 

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Ce grain de sable, il vint sous la forme d’un nuage de mouches , un nuages de mouches qui s’abattit aux alentours. Le phénomène dura plusieurs jours. Les habitants incommodés 
râlèrent puis se plaignirent en mairie. Les services vétérinaires de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) furent alertés. afin de trouver les causes de cette prolifération de mouches. On fit le tour des exploitations à risques comme les élevages: on ne trouva pas grand chose à se mettre sous la dent . Pour apaiser l’irrévocable, on évoqua, sans grande conviction,  « un temps favorable, humide et chaud, à la multiplication de ces mouches ». On alla même jusqu’à inspecter les composteurs, sans plus de résultats. « On reste vigilants », crurent bon de préciser les autorités , à toutes fins inutiles..

Certains  restaurants furent dans l’obligation de fermer. Un éleveur de volailles et son système de récupération de fientes en fosse profonde ont été pointés du doigt, en vain. Les plus fins observateurs du coin, remarquèrent que les nuées de soldats noirs venaient du Guillandru. A tout hasard, un voisin alla s’informer de ce qui se passait derrière les hauts murs de la ferme fortifiée. A la réflexion, on se souvint, au café du centre ville, qu’on n’avait pas vu Gédéon depuis une grosse semaine. 

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Et pour cause… Aucun moyen de joindre Gédéon, pas même par téléphone. On fit venir un camion de pompiers et sa grande échelle pour franchir l’entrée majestueuse.  Une nuée de mouches accueillit les arrivants. Ce que découvrirent les pompiers aurait « déprimé la plus neurasthénique des palourdes », comme l’écrit si joliment Isabelle Bourdial dans son « Chasseurs d’Esprit » aux éditions Lajouanie. 

Gédéon, ou plus exactement ce qui restait de Gédéon, grouillait d’asticots, qui lui sortaient par les trous de nez, les oreilles, la bouche. Il était sans doute mort d’un arrêt cardiaque ou d’un double AVC. L’autopsie pourrait toujours préciser les causes du décès. Poussées par la faim, les mouches qui avaient pu s’échapper avaient aussitôt colonisé le cadavre… Gédéon avait , ironie du sort, fini en garde-manger… 
« Je me suis toujours demandé pourquoi depuis quelques années, les mouches n’osaient plus aller sur mes assiettes pleines de légumes… Je crois que c’est à cause des OGM. » Hanluo Taihan » N’abandonnez-jamais-vos-rêves »

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