S'il te plaît, apprivoise-moi…

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Trois poèmes d’Anne Certain


Seulement
à l’angle de la nuit
comme un élan
de vent
qui enfle et s’éteint
Un avion incrusté
dans un ciel de charbon
ailes tendues
réacteurs hurlants
Il est
invisible d’ici
invisible aussi
aux voyageurs assis
dans la lumière bleutée
de ce couloir assourdi
qui s’enfonce
dans la nuit

extrait de Brumes d’Aube

Dans la paix des champs
le cri déchirant du colza

A ce jardinier désoeuvré

Sous mon nom gravé
il faudra fleurir
un jardin minuscule
d’une longueur d’homme
à frêles épaules

Extrait de Travaux de saison, son premier recueil de poèmes (éditions Donné à voir)

Anne a remporté notamment le Grand Pris de Poésie de la ville de Rambouillet

Hommage: Poésie de Belloue des Sources: De là-haut

De là-haut

                            ( A Oïa, Santorin, Grèce en octobre 2016)

Ne crois pas
Que de là-haut
Je ne te vois pas
Quand tu m’envoies ta prière
D’enfant de cœur
Ne crois pas
Que de là-haut
Je ne te vois pas
Avec ton air d’enfant sage
Tes yeux rêveurs
Qui se perdent dans les nuages
Ton regard
Qui dévoilent les étoiles

Ne crois pas
Que de là-haut
Je ne t’entende pas
Quand tu continues en bas
Tes taquineries
De grand bêta
Quand tu dis
Qu’avec mes étranges chapeaux
Là-haut
J’vais faire peur aux anges
Et aux oiseaux

Ne crois pas
Que de là-haut
Je ne t’entende pas
Quand tu cognes du poing
Sur ta poitrine
Ne crois pas
Que j’habite plus loin
Que ta chambre voisine
Ne crois pas
Que de là-haut
Je ne t’entende pas
Quand ton cœur grince

Crois à notre jardin
Crois à la roseraie
De notre Petit Prince
Où je me promènerai
Et attend toi
Chaque matin
A trouver devant ta porte
Une rose
Qui n’est pas morte

Printemps des poètes: Fardeau (sculpture de Marie Poscia)

Quel fardeau portes-tu,

que tu sois Cariatide ou Atlante,

mi-femme mi-homme, toi qui charges  sur tes épaules

toute la misère du monde, toute la difficulté à naître,

toute la difficulté  à être …

Tu supportes le poids des maladies et des épidémies,

des lâches trahisons et des désillusions.

Etre hybride, qu’as donc tu fait pour mériter cela,

pour traverser cette vallée de larmes sans fin?

Tu es sans visage et tu n’as plus même

la force de pousser un cri,

de te révolter: tu es soumis.

Tu es devenu colonne, pilier,

esclave sine die:

Jusqu’à quand pourras-tu résister

avant de t’écrouler,

toujours sans un cri,

sans qu’on est de toi pitié,

avant de crever dans l’indifférence,

avant de crever bêtement,

avant de crever sans même le regard

d’un humain?

 

Agenda critique de mars: ( contribution n°6) Vincent

 

Vincent

Dans la maison jaune,
Je suis enragé:
rien ne me calme,
rien ne m’apaise:
hold up crève-coeur!

Qui me vrille le ventre?
Je n’en peux plus.
Qui explose mes tempes?
Ma tête brûle.
Ras-le-bol de ce casse-tête,
de ce remue-méninges!

Je suis aveuglé:
rage de flammes
cacophonie
Tonnerre fulgurant.
Je ne veux pas t’entendre
et je n’entends que toi.

Merde, maudite oreille
Va au Diable,
Va te faire foutre:
Oreille, tu m’entends: je te hais!

Oreille maudite,
va-t-en au diable!
Inutile de faire la sourde…

C’est toi ou moi.

+++

Je n’aurai jamais la paix.

Le mal me laboure

Au secours!


https://maitrerenardinfo.wordpress.com/2017/03/23/agenda-critique-…ution-n6-vincent/

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