S'il te plaît, apprivoise-moi…

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Agenda critique de mars: ( contribution n°6) Vincent

 

Vincent

Dans la maison jaune,
Je suis enragé:
rien ne me calme,
rien ne m’apaise:
hold up crève-coeur!

Qui me vrille le ventre?
Je n’en peux plus.
Qui explose mes tempes?
Ma tête brûle.
Ras-le-bol de ce casse-tête,
de ce remue-méninges!

Je suis aveuglé:
rage de flammes
cacophonie
Tonnerre fulgurant.
Je ne veux pas t’entendre
et je n’entends que toi.

Merde, maudite oreille
Va au Diable,
Va te faire foutre:
Oreille, tu m’entends: je te hais!

Oreille maudite,
va-t-en au diable!
Inutile de faire la sourde…

C’est toi ou moi.

+++

Je n’aurai jamais la paix.

Le mal me laboure

Au secours!


https://maitrerenardinfo.wordpress.com/2017/03/23/agenda-critique-…ution-n6-vincent/

Agenda critique: ( contribution n°5) :Thermostat 8

Thermostat 8

Chaud…chaud… chaud patate…
chaud bouillant… chauds les escargots
Chaud devant, chaud derrière
Y’a le feu au c…
sous la cafetière:
explosion imprévue.

C’est le Printemps qui chante,
qui hurle sur le toit brûlant.
C’est le Printemps, il est temps
de céder à toutes les tentations.
Bouillonnons de plaisir, fric-frac quatre-saisons
bouillonnons à gros flocons:
Faisons péter la marmite,
à fond sur le grand huit
et huit et huit font seize,
balèze et seize et seize trente-deux
jamais ne feront, de toutes façons:
ils iront au Bois Joli jouer
avec le Chaperon à « Loup y es-tu? »

Et il y sera, ce grand dadais hors-la-loi,
il y sera et ne pensera
qu’à manger: grand couillon gâte-sauce, té!

N’en déplaise à Jo,
affreux je reste, confus, bouillu
cramé, bobo, carbonisé:
ma résistance a pété:
retour de flammes à la Jéhanne,
je brûle encore,
encore et encore,
d’amour, d’amours, da mour, da:
Au secours!

 https://maitrerenardinfo.wordpress.com/2017/03/22/agenda-critique-…-n5-thermostat-8/

Agenda critique de mars:( contribution n°4): La marotte

 

Marotte

 
Marotte, Marotte, ma douce amie,
Dis-moi donc lequel des deux
est le plus cinglé,
le plus baltringue,
le plus taré?

Plus  berlaud qu’un bernard l’hermite,
plus dingue qu’une tringle à rideaux, qu’ une pince à vélo,
plus dément qu’un asticot alcoolique,
encore plus con et plus barjo que ça…

Je suis marteau
à s’en péter les noyaux,
à sucer  les sot-y-laisse
à en claquer son dentier
à jouer à cache-cache et à colin-maillard
avec des trompe-la-mort rabat-joie,
jouant du biniou, du prêchi-prêcha,
ou dansant le fox-trot sous des ex-voto.

Je sais: il n’y a pas photo
juste un autoportrait,
un selfie géant:
J’ai gagné, j’ai gagné!
C’est bien moi le soi-disant Roi.
Au comptoir des Fous, on peut compter
sur moi. J’ai droit au bonnet à grelots,
à la collerette de bouffon, à ses chaussures pointues.

C’est bien moi le Prince des pince-sans-rire;
je ne pourrais pas faire pire
à moins que…

Poésie de Mihai Eminescu: Ce soir, sur la colline…

Ce soir, sur la colline 


Le soir, sur la colline, le buccin sonne avec peine. 
Des troupeaux montent le sente d’étoiles parsemée, 
Les eaux pleurent en jaillissant claires, dans les fontaines. 
Sous un acacia tu m’attends, ma douce Bien Aimée. 
La lune passe dans le ciel, sainte, limpide ! 
Tes grands yeux regardent le feuillage, s’y plongent, 
Sur la voûte sereine des astres naissent, humides. 
Ton coeur est plein de désirs, ton front lourd de songes. 

Des nuages glissent et des rayons les transpercent. 
Les maisons vers la lune lèvent d’anciens auvents. 
Dans la brise légère le balancier du puit grince. 
Le vallon fume. Dans un enclos une flûte s’entend. 

Des hommes harassés, l’épaule alourdie, 
Rentrent des champs. Les sonnailles sonnent, se pâment 
Ainsi que la cloche antique dans l’air assoupie, 
Mon âme brûle d’amour comme une flamme. 

Bientôt se calmeront le vallon, le village. 
Bientôt mes pas fébriles vers toi seront plus pressés. 
Toute une nuit, près du tronc couvert de branchages, 
Je te dirai combien tu m’es chère, ma douce Bien Aimée. 

En appuyant nos têtes, l’une contre l’autre, 
Souriants nous dormirons, veillés par notre 
Vieil acacia… Et pour une nuit si riche et plénière 
Qui ne donnerait, en échange, sa vie tout entière… ? 

traduction : Michel STERIADE

Mihai Eminescu (prononcé en roumain : /mi’hai emi’nesku/), de son nom d’état-civil : Mihail Eminovici (prononcé en roumain: mi’hail éminovitch), (15 janvier 1850 – 15 juin 1889), est un poète romantique, le plus célèbre de Roumanie.

Ses poèmes les plus connus sont Luceafărul (Hypérion) – (L’étoile du Nord), Odă în metru antic (Ode en métrique ancienne), et les cinq Scrisori (Épitres). Eminescu était un membre actif de la société littéraire Junimea, et a travaillé comme éditeur au Timpul, le journal officiel du Parti conservateur.

Le Printemps des poètes: poésie et tatouages #5

A la même Mari, la francophile

 

Royal

Superbe et généreux,
le plus clair de la journée, Seigneur lion dort.
C’est lui le grand Maître de la savane et du temps en suspens,
Grand économe de tous ses efforts.

Il ne rugit pas: il baîlle.
Satanée savane: quel ennui!
Mais, pas maso,
le Roi des animaux refuse toute retraite au zoo.
Sa noble crinière flotte sur l’herbe brûlée:
même vieux, le lion intimide
et nul ne se fie à ses griffes élimées

Le Roi est nu, peut-être
mais le Roi jamais ne meurt:
à jamais, il reste le Roi des Rois
Monarque absolu, éternel Souverain;
bon sang ne saurait mentir,
n’est ce pas, mesdemoiselles les gazelles?



Les lionnes

Les lionnes voyagent sans bagages:
elles ont laissé leurs bagages en consigne,
se sont débarrassées de leurs lunettes noires
et de leurs gros calibres pour maris.
Arriba, les guerrières
ont gagné leur révolution:
elle ont mis du vernis sur leurs griffes
et du parfum dans leurs crinières:
E viva la tendre Guerre,
celle du qui perd gagne,
celle qui se fait avec des mots doux,
des regards de velours et des baisers dans le cou.

********************

Bonus: 

SPQR




Si la louve capitoline, près du mont Palatin,
Put élever Romulus et Rémus en autre place
Que la face du monde en aurait été changée!
Roumains de la felix Dacia,ils seraient devenus, 
heureux d'être bercés par le beau Danube bleu?



Printemps des poètes: hommage au poète Mauritanien Djibril Hamet Ly

L’Afrique(s) est à l’honneur pour cette 19 ème édition du Printemps des poètes. A ce titre, rendons hommage à un poète mauritanien, trop tôt disparu en octobre 2015: Djibril Hamet Ly. Il avait profondément marqué une poétesse de mes amies qui lui a écrit ce poème en mémoire de leur éblouïssante rencontre. Ce jour-là, il y eut une sorte de révélation poétique….


Le nom de la fleur

Le nom de la fleur
Il est entré
Une fleur blanche dans sa main noire
Il est entré
Son pas, ses babouches
Il s’avance
Les mots blottis dans ses bras,
Les mots à la porte de sa bouche

Il est entré,
Le sourire ouvert, large
Il sert du bout de ses yeux l’image de son pays
Il envoie le soleil, la couleur, la chaleur de sa Mauritanie

Il est entré
Une fleur blanche dans sa main noire
Une fleur qu’il penche
Pour la mieux voir
Pour qu’on la sente, qu’on la respire
Il demande et redemande
Cette fleur, quel est son nom ?
Qui peut me dire son nom ?
Personne ne sait, personne ne répond
Personne pour dire sans erreur
Le nom de cette fleur qu’il a cueillie
Au jardin de notre pays

Sur le tapis, il s’est assis
La fleur humée, sans nom, posée à ses pieds
Il est assis, les jambes en tailleur
Devant lui, comme des pétales,
S’étalent des feuilles et des feuilles de papier
Des mots couchés, des mots venus d’ailleurs

Il est assis
Le silence se fait, le silence s’est assis.

Voilà l’homme en voyage, la voix de l’homme sage
Voilà que de toutes rives, arrive l’air, arrive la brise légère
Voilà que se fait le vent, un vent de partout
Un vent venu du bout de tout
Voilà qu’arrivent de toutes rives des nuages d’oiseaux,
Des oiseaux d’étangs, de lacs, de rivières
Des oiseaux de ruisseaux, de mers, d’océans
Des oiseaux de mille rivages
Pour nicher leur chant, au chant de nos prières, au chant de nos langages.

Il est assis
Il apporte du bout de tout, la lumières des petites flammes
Il apporte du bout de tout, le chant magique des tam-tams

Il est assis
Il dit la prison, il dit le bagne
Pour cet écrit, pour ce trop de mots
A vouloir sauver la couleur d’une peau,
A vouloir sauver la couleur de sa peau

Il dit ses frères, tous ses frères engloutis
Que la mort un jour a condamné à vie
Il dit la grandeur des femmes de son village
Leur force à sortir les hommes de cet enfer
Leur courage à les sortir de cette cage

Il dit sa souffrance du manque de la page
Du manque de l’outil, pour la trace de l’écrit
Il dit l’histoire de ce poème qu’il confie
Un poème en conserve dans la tête de son ami
De son frère d’arme comme lui
Un frère gardien des mots, gardien de ses maux
Le corps derrière les barreaux

Il est assis
Il déclame pour nous ce poème sorti de sa prison
Sorti de cette boîte d’enfer, sorti de la grande mémoire de son ami
Il déclame ce poème revenu à la maison, cette poésie qui guérit, desserre l’étau
Cet étau qui écrase la tête, cet étau qui sert à tuer les mots

Il est assis, la fleur blanche devant lui
Il est assis à la lumière de sa poésie
Celle qui dit : Ose ! Il faut oser
Va longtemps, va loin, va si loin celui qui ose

Il est assis, on est debout
Debout devant cet homme du bout de tout
J’ai cueilli sur le tapis, dans ma main blanche
Cette fleur sans nom qui sent si bon
Je respire son essence
Il dit : gardez là cette fleur au parfum si doux
Gardez-la comme un cœur, je vous l’offre, elle est à vous

Il est parti
Il a laissé son langage, il a laissé son message
Il a laissé une lettre de ce long voyage
Il est parti
Sa tunique bleue sur la nuit a glissé
Sa tunique bleue, je l’ai ramassée

Il est parti
Et qu’importe, qu’importe le nom de la fleur
Qu’importe
Seul importe son parfum, seul importe son odeur,
Seul compte, le pouvoir de nourrir le cœur.

Poésie: Le Printemps des Poètes sous le signe des Afrique(s)

 

19e Printemps des Poètes 

AFRIQUE(S)

Du 4 au 19 mars 2017

Ce 19e Printemps des poètes invite à explorer le continent largement et injustement méconnu de la poésie africaine francophone. Si les voix majeures de Senghor, U Tam’si ou Kateb Yacine par exemple, ont trouvé ici l’écho qu’elles méritent, tout ou presque reste à découvrir de l’intense production poétique africaine, notamment celle, subsaharienne, qui caractérisée par une oralité native, tributaire de la tradition des griots et nourrie par ailleurs des poésies d’Europe, offre des chemins neufs sur les terres du poème.

Parole libérée, rythmes imprévus, puissance des symboles et persistance du mythe: écoutons le chant multiple des Afriques , du Nord et du Sud.
Il va de soi que cette exploration ne peut ignorer les voix au-delà du continent africain, des Antilles à la Guyane, de Madagascar à Mayotte …

Ce 19e Printemps des Poètes sera l’occasion de mettre en avant notamment l’oeuvre de Léopold Sedar Senghor et de Tchicaya U Tam’si.

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