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Voulez-vous donner votre avis sur un roman à paraître? « Si par hasard… »(4ème partie). Editions Ella

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18 Juillet 2015

Julien entre et se dirige vers le bar :
« – Bonjour mademoiselle, auriez-vous trouvé un parapluie ? »
La jeune serveuse soupire et sort par la porte derrière le comptoir, sans un mot. L’accueil glacial fait sourire Julien dont rien ne peut gâcher l’enthousiasme de revoir Agathe, même pas une jeune étudiante de mauvaise humeur parce qu’elle est obligée de travailler en plein mois de juillet pour payer sa rentrée universitaire.
Julien regarde autour de lui, L’Eldorado est vide. Il s’installe à une table, qu’il choisit entre la porte et le fond de la salle, pour être vu d’Agathe lorsqu’elle arrivera et pour être assez tranquille lorsqu’elle sera là. Le bar est silencieux, à l’exception d’une radio qui diffuse en continu des vieux tubes de country et du vieux frigo qui ronronne dans son coin. En revenant, la serveuse trouble la quiétude d’une porte qui claque et fait sursauter Julien. Elle tient dans sa main le parapluie d’Agathe, s’approche de la table et le tend à Julien.
« – Je vous sers quelque chose ?
– Oui, un café allongé, s’il vous plait ! Merci pour le parapluie, ça paraît bizarre de perdre un parapluie en plein mois de juillet… »
Les mots de Julien se perdent dans le bruit du frigo, la serveuse a déjà fait demi-tour et ne l’écoute pas.

Julien regarde sa montre, sa tasse vide depuis longtemps et son portable sans message. Le bar est toujours aussi vide, il dépose deux euros sur la table et quitte L’Eldorado sans oublier le parapluie d’Agathe, qui n’est finalement pas venue.

 

De : Agathe@pourtant.com
Pour : Julien@bleu.fr le 19 juillet 2015 Objet : RE : Parapluie
Bonjour Julien,
Je suis désolée de t’avoir laissé seul hier. Merci en tout cas d’avoir retrouvé le parapluie. (après le cadenas, le parapluie, tu es plus efficace que le bureau des objets trouvés.) Comme je te le disais au téléphone, Alex m’a appelée alors que je partais pour te rejoindre. Je suis allée le retrouver à la sortie de son bureau pour que nous discutions de la suite à donner. Je te présente mes excuses, mais suis sûre que tu comprends. J’essaierai de passer te voir pour le parapluie, en attendant garde-le au sec !
A bientôt,
Agathe

De : laura@mgh.fr
Pour : Julien@bleu.fr
Objet : RE : Bon anniversaire !
Bonjour Julien,
Je ne vous avais pas dit que je partais plusieurs jours ? En tout cas, quelle surprise de trouver tant de vos messages dans ma boîte ce matin.
Alors j’essaie de répondre à toutes vos questions, sans en oublier. D’abord merci de me souhaiter un joyeux anniversaire, c’était une jolie fête pleine d’amis et de rires. Pour mon âge vous avez vu juste, j’ai eu trente ans le 17 juillet, (oui, je n’ai pas écrit que j’allais y répondre dans l’ordre…)

 

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le 20 juillet 2015

J’ai été gâtée, beaucoup de cadeaux, dont un voyage à Grenoble pour aller étudier le plus vieil arbre de la ville, un cèdre de 1847. Voilà qui répond à une autre de vos questions ; je suis « Expert Arbre Conseil » pour l’O.N.F. ce qui explique (en partie seulement) l’arbre sur le cadenas. Enfin et puisque je vois que votre curiosité est insatiable, nous vivons tout près de Nogent, mais Guillaume et moi ne sommes pas mariés, voilà qui explique que vous ne me trouviez pas sur les sites de recherches d’adresse. Mais aucun problème pour venir vous chercher à la gare de Nogent, si besoin.

Je ne répondrai pas à vos suppositions sur mon physique, je préfère vous laisser imaginer encore et me dire comment vous me voyez, je trouve cela très amusant.
J’ai dû oublier plusieurs réponses à vos questions, mais ce n’est rien, ça fera une autre occasion de s’écrire.

A bientôt, Laura

De : Julien@bleu.fr
Pour : laura@mgh.fr
Objet : RE : Bon anniversaire !
Chère Laura,
(Vous m’autorisez à écrire chère Laura ?)
Comme je suis content de vous voir revenue. Je commençais à penser qu’il vous était arrivé quelque chose. Alors, bien sûr vous n’avez pas répondu à toutes mes questions, mais je vous pardonne. Et puis lorsque vous y répondez, vous insufflez un nouveau mystère qui me donne envie de poser mille nouvelles questions.

 

le 20 juillet 2015

Mais je vais d’abord reprendre la liste de celles auxquelles vous n’avez pas répondu, avant d’en oser de nouvelles.
A bientôt, donc.
Julien.

De : Julien@bleu.fr
Pour : laura@mgh.fr le 20 juillet 2015 Objet : liste de mystères
Comme promis, voici la liste des questions sans réponse : Pourquoi vous (ou Guillaume ?) y avez dessiné un arbre ? Vous n’avez répondu qu’en partie et avez piqué ma curiosité.
Depuis combien de temps Guillaume et vous êtes-vous amoureux ?
Et puis pour votre description, comment ferais-je pour vous reconnaître sur le quai de la gare, si vous ne me dites rien ? Vous aurez une clé dans la main ?

De : laura@mgh.fr
Pour : Julien@bleu.fr le 21 juillet 2015 Objet : RE : liste de mystères
Cher Julien (Je m’y autorise, puisque vous l’avez demandé.) J’ai trouvé votre ton et votre récapitulatif des questions sans réponse, très autoritaire. Je préfère vous lire me raconter l’histoire d’Agathe, vous y avez l’air plus charmant. Je refuse donc de répondre à vos questions pour le moment !
Je dois m’absenter quelques jours et ne pourrai répondre à mes messages. Vous devrez donc patienter. Mais peut-être avez-vous d’autres Laura à assaillir de questions avec les dix cadenas du pont ?

A bientôt, cher Julien !

De : Julien@bleu.fr
Pour : laura@mgh.fr
Objet : RE : liste de mystères
Laura,
Je suis désolé si mon ton autoritaire vous a froissée. Je m’aperçois que j’ai été très curieux et ai posé beaucoup de questions. Mais j’ai très envie de savoir qui vous êtes avant de venir vous rencontrer. Après tout, je prends des risques ; et si vous étiez un serial killer qui pose des cadenas sur les ponts pour attirer de jeunes étudiants un peu fous ?
Je vous laisse à votre travail. (Vous ne pourrez pas répondre, mais pourrez-vous lire mes messages ? (C’est idiot de poser la question, puisque vous ne pourrez pas y répondre…))
Je serais curieux (et voilà, ça me reprend, je ne peux pas m’en empêcher !) que vous m’en disiez plus sur votre travail, en quoi il consiste, et ce qui vous a amenée à l’O.N.F.
Mais je saurai patienter.
A mon tour de répondre à votre question alors.
Non, je n’ai pas d’autres Laura, je voudrais d’abord vous rendre ce cadenas avant de chercher une autre Laura, une autre amoureuse qui a un jour accroché un petit bout de métal sur le pont des arts.

 

le 22 juillet 2015

Une autre question que vous avez posée et à laquelle je n’ai pas répondu: est-ce que j’ai trouvé le cadenas sur le deuxième parapet, côté 1er arrondissement ?
Lorsque j’ai récupéré votre cadenas, il était déjà décroché du pont et stocké avec des milliers d’autres dans un bac. J’espère que vous me pardonnerez, je vous propose de venir vous rendre le cadenas dès votre retour, faites-moi signe quand vous êtes rentrée.

Amicalement, Julien.

 

23 juillet 2015

Après être passé chez Agathe pour lui rendre son parapluie, Julien se rend au café d’Alain. Bien que Marine soit en vacances, il ne déroge pas à cette coutume qu’ils ont instaurée il y a près de sept ans quand ils étaient lycéens.

Seul à une table de la terrasse, Julien boit sa pression en rêvant à son voyage tout proche à Nogent le Rotrou, où il n’a bien sûr jamais mis les pieds.
Alain profite de l’absence de Marine pour venir discuter avec Julien.

« – Alors, tu ne pars pas en vacances ?
– Non, pas pour le moment. Mais je vais voyager un peu… Tu connais Nogent-le-Rotrou ?
– Non, pourquoi ? C’est là que tu vas ? »
Julien hésite, repense aux sermons de Marine sur son imprudence, sur l’étalage trop public de ce qu’elle continue d’appeler un vol. Mais il a confiance en Alain avec qui il partage toutes ses fins d’après-midi de jeudi depuis tant d’années. Il lui raconte donc l’histoire des cadenas, la rencontre virtuelle avec Laura et son intention d’aller rendre le premier cadenas en mains propres, à Nogent le Rotrou.

« – Eh bien, vous en avez de l’énergie et des idées, les mômes. »
C’est un des surnoms qu’Alain leur donne, affectueusement.

« – Mais t’as pensé que cette Laura pouvait être un escroc qui t’attendra à la gare pour te dépouiller ? »

 

Julien sourit, se retient de se moquer, gentiment, d’Alain en comparant son scepticisme et son sens du droit à celui de Marine. Il termine sa bière, silencieux, salue Alain et rentre vérifier si Marine lui a écrit depuis ses vacances normandes.

Voulez-vous donner votre avis sur un roman à paraître? « Si par hasard… » (1ère partie). Editions Ella

 

Je vous invite à lire et à commenter un roman qui paraîtra sous peu aux éditions Ella. Christophe Prat, son responsable, souhaite recueillir un maximum d’avis et de commentaires pour ce roman d’un auteur confirmé: Ludovic Lecomte. C’est un roman par mails comme autrefois il y eut des romans par lettres  (Les Lettres persanes de Montesquieu, les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos…) 

Nous vous présentons ce livre sous forme  d’un feuilleton où les personnages centraux sont des cadenas d’amour, tradition récente qui est née dans les pays de l’Est il y a une quinzaine d’années. Le Pont des Arts à Paris est le lieu le plus célèbre pour les amoureux qui se jurent un amour éternel en gravant leurs initiales et en jetant la clé du cadenas dans la Seine. D’où le titre du livre qui reprend une fameuse chanson de Brassens « Le vent » ou « Si, par hasard, sur le pont des Arts… ». Cela ne vous prendra que quelques instants et vous ne devriez pas le regretter…

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A Marie-Charlotte, amour sans cadenas,

 

 

4 juillet 2015

Julien est arrivé depuis une bonne demi-heure. Assis à la terrasse, il profite du soleil de la fin d’après-midi. Alain, le patron du café a déjà servi une pression et un jus d’abricot, comme tous les jeudis. Il les connaît par cœur et les attend même, ses « habitués du jeudi ». Les autres jours, ils arrivent ensemble, mais pour le moment Julien est seul. Il n’a pas touché à sa bière et les glaçons du jus d’abricot ont maintenant complètement fondu. Alain s’apprête à engager la conversation avec le jeune homme resté silencieux derrière ses lunettes de soleil, lorsqu’enfin Marine apparaît au bout de la rue.

Elle marche d’un pas rapide et décidé, s’approche de la table, tire la chaise qui cogne contre les pieds de la table dans un tintement métallique, pose d’un geste sec son portable près du jus d’abricot et s’assied, sans avoir embrassé Julien, ni salué Alain.

Julien retire ses lunettes.
« -Salut, tu as… »
Ses mots restent en suspens devant le regard glacial que lui adresse Marine.
« – Tu te rends compte de ce que vous avez fait ? le coupe-t- elle. »
Son ton est de la même température que son regard… :

 

« – C’est du vol ! Rien de plus, rien de moins ! »
Julien saisit son verre et commence à boire la bière qui attendait l’arrivée de Marine sur la table devant lui.

« – Tu m’écoutes au moins ? Et si vous vous étiez fait prendre ? Vous n’êtes pas sérieux ! Et Max ne vaut pas mieux que toi ! Ça s’appelle une effraction !
– C’était pour Agathe et on n’a même pas forcé la porte, on avait la clé… »

Marine secoue la tête.
« – OK, pour Agathe, admettons. Elle est jolie, tu as envie de la séduire, tu fais n’importe quoi, juste parce qu’elle te le demande… OK, c’est stupide, mais compréhensible. Mais pourquoi les dix autres ?
– Je ne sais pas, je me suis dit que ça pouvait être sympa… Et puis on ne s’est pas fait prendre, c’est le principal non ?
– Tu as rendu le sien à Agathe ?
– Non, pas encore.
– Tu vas lui sortir la grande scène, le grand rendez-vous, fleurs, promenade romantique dans les jardins du Louvre et remise de la boîte, un genou au sol ?
– Tu es dure… D’accord, on a fait une connerie, mais ce n’est pas non plus le casse du siècle. »
Julien se tait un moment. Marine touille rapidement son jus d’abricot à l’aide du mélangeur publicitaire, qui en frappant le verre à chaque tour provoque un cliquetis brisant le silence qui s’est installé entre les deux amis.
Julien reprend :
« – Une fois là-bas, je n’ai pas pu résister, il y en avait des tonnes. J’en ai pris dix que j’ai trouvé jolis ou étranges, en tous cas qui avaient quelque chose de particulier. Une

intuition… Chacun d’eux possède un signe, un dessin, une originalité qui le rend unique.
– Qu’est-ce que tu ne ferais pas pour séduire une jolie fille… soupire Marine dont la colère semble s’apaiser. »

Julien rougit et lui sourit. Il attrape son verre et sirote doucement sa bière plus tout à fait fraîche.
« – Et tu comptes en faire quoi de ces dix-là, alors ? »

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De : Votre Réseau
Pour : Julien@bleu.fr le 6 juillet 2015 Objet : Ouverture

Nous avons le plaisir de vous confirmer la création de votre page « Cadenas » conformément à votre demande.
Nous vous souhaitons la bienvenue sur Votre Réseau.

A bientôt sur Votre Réseau

De : Votre Réseau
Pour : Julien@bleu.fr le 6 juillet 2015 Objet : photos

Nous avons le plaisir de vous confirmer le dépôt de 10 photos sur votre page dans l’album intitulé cadenas.

Au plaisir de vous revoir sur Votre Réseau.

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De : Agathe@pourtant.com
Pour : Julien@bleu.fr le 8 juillet 2015 Objet : Merci
Bonjour Julien,
Je ne sais pas comment te remercier. Je relis les articles de journaux concernant le retrait des parapets du pont des arts et y vois le nombre de cadenas qui y étaient suspendus. C’est un miracle que tu aies retrouvé le mien. C’est sympa d’avoir pris des risques et d’avoir réussi.
C’était important pour moi, surtout depuis qu’Alexandre et moi sommes séparés.
On ne se connaît pas très bien tous les deux et pourtant tu as accepté de le faire. Quand tu as proposé de le chercher, l’autre soir à L’Eldorado, alors que nous discutions tous ensemble, j’ai pensé que tu disais cela sans vraiment y croire et que tu ne le ferais sûrement pas.
Merci.
J’ai vu sur ta page que tu en avais récupéré d’autres. Que comptes-tu en faire ?
Une collection ?
On boit un café et tu me racontes ?
A plus tard.
Agathe

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De : Julien@bleu.fr
Pour : Agathe@pourtant.com
Objet : RE : Merci
Salut,
Non, ce n’est pas une collection…
Je te raconte, mais tu promets de ne rien dire ?

 

le 8 juillet 2015

L’autre soir, après avoir subtilisé le trousseau des locaux de la ville dans les affaires de mon père, on s’est introduit dans l’entrepôt de la mairie avec Max pour y chercher ton cadenas. Le fait que mon père bosse à la mairie facilitait un tout petit peu la soirée. On n’avait pas besoin de fracturer une porte !

Il faut avouer que ta demande m’a paru bizarre au départ. Et puis finalement, je me suis pris au jeu du petit défi que ça représentait.
On a eu une chance folle de tomber très vite sur ton cadenas parmi les milliers qui sont stockés là, en attente de destruction.

Quand j’ai compris ce que ça représentait pour toi et l’importance que tu attachais à ce cadenas, je me suis dit que ça ferait peut-être plaisir à d’autres de récupérer le leur.
On a donc choisi dix autres cadenas qui venaient aussi d’être retirés du pont. Ces dix-là ont des signes particuliers. L’idée c’est d’essayer d’en retrouver les propriétaires.

Avec l’aide du Réseau, on devrait réussir, même si ça paraît un peu fou.

Voilà, tu sais tout, mais j’accepte quand même ta proposition de café en tête à tête.
Tu choisis la date ?
Jul’

De : Agathe@pourtant.com Pour : Julien@bleu.fr

le 9 juillet 2015

 

Objet : RE : Merci
Vous êtes de grands malades !
Mais je trouve l’idée touchante et poétique. Compte sur moi pour ne rien dire.
Agathe,

 

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