S'il te plaît, apprivoise-moi…

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Le rêve de Renard , 2ème contribution des Carnets paresseux

Le Dodo des Carnets paresseux frappe les esprits une seconde fois en quelques jours avec le monde onirique dont il ne peut être qu’un spécialiste. On ne prête qu’aux riches et à ceux pour qui la fortune vient en dormant… Extralucide même dans les bras musclés de Morphée, ne voilà-t-il pas qu’il lit même dans les pensées les plus secrètes du Renard, dans ses rêves les plus fous… Prenez une tasse de café: ça va fumer!

Carnets Paresseux

Un ciel de neige.
Un arbre gris.
Un maigre corbeau noir, perché.

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Nouvelles de Carine: La peur n’attend pas

 

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Y’a pas grand monde ce soir. Pas de match de foot, pas d’événement particulier. Les rues sont vides, ça aide. Le jaune des murs tire à l’aigre depuis des années. Une couleur maladive comme le teint bilieux d’un visage qui en a trop vu. C’est de circonstance. Les murs en témoins muets des souffrances humaines. C’est peut-être pour ça qu’on ne les repeint pas. Au plafond, un des néons clignote par intermittence, sans régularité. Son grésillement agaçant souligne l’évidence du silence. Je devrais être soulagée, trouver ça reposant. C’est tout le contraire. Ça m’énerve. Les internes sont partis se reposer. Un seul s’active au bout du couloir, passant discrètement de chambre en chambre. Je vois son reflet déformé s’agiter dans la brillance du lino bleu pâle. Les autres infirmières sont parties prendre un café. Elles m’ont laissée là. Au cas où.

Les gens qui arrivent ici veulent tous voir le docteur. Tout de suite. Maintenant. C’est urgent. Le spécialiste, avec ses beaux diplômes. Souvent ils connaissent même leur nom et n’en démordent pas. « On est là pour le Docteur Maliant. C’est pour mon mari, vous voyez… ». Nous, on est juste « Mademoiselle ». Et on compte un peu pour du beurre. Bien sûr, on accueille, on aide, on fait les prises de sang, on ajuste les oreillers. On explique, aussi. Mais c’est pas pareil. Ça se voit bien dans leurs yeux. Nos mots n’ont pas le même poids. Ils n’ont pas l’autorité du titre. Ils n’ont pas force de vérité. Pourtant on a notre spécialité, nous aussi. Eux, ils soignent les blessures, les malaises, les symptômes graves, inquiétants. Les corps, les bras, les têtes, les cœurs. Mais nous, on soigne la peur. La plus évidente : la peur de la mort. Mais pas que. On pousse loin notre spécialisation. La peur de la douleur. La terreur de la piqure, la crainte de la dépendance, de la solitude, l’angoisse de ne plus jamais ressortir d’ici. La peur de se voir tel qu’on est : fragile et éphémère. On maîtrise toutes ses nuances, ses degrés de gravité. Tous ses moyens d’expression aussi. Celle qui coule en larmes discrètes mais incontrôlables. Celle qui s’oublie dans un relâchement de vessie. Celle qui se crie, se hurle, qu’on essaye de noyer dans le bruit. La peur impassible des visages immobiles et contractés, les yeux perdus dans le vide. C’est peut-être celle-là la plus dangereuse : Celle qui ne se dit pas, qu’on garde pour soi, qui ronge les tripes et les cœurs. Il faut être attentive pour la détecter celle-là. On devrait en faire un diplôme de cette habilité là. Soignante mention peur.

Au loin une sirène hurle et se rapproche graduellement. Une ambulance ! D’instinct je me lève. Plus le temps de philosopher. La peur n’attend pas.

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noir et blanc

 Quelques mots sur l’auteur…

Fille du nord, née à Arras en 1976, elle étudie d’abord les arts puis l’histoire moderne. A 25 ans elle devient professeur des écoles à Berck sur Mer, se spécialise dans l’enseignement du Français Langue Étrangère et passe trois ans à travailler avec les enfants en demande d’asile. 

En 2007, elle quitte tout pour vivre à Madrid où elle intègre le centre international de services d’IBM. C’est au cœur de la capitale espagnole que naît son envie d’écrire. Un projet d’écriture à long terme commence à se former.

De retour en France, en région parisienne, elle s’inscrit aux ateliers d’écriture « En roue libre » qu’elle suit jusqu’en 2016. Elle participe également aux ateliers d’écriture du Prix du Jeune Écrivain sous la direction de Christiane Baroche.

En 2017, elle publiera son premier roman: Shana, fille du vent aux éditions Phénix d’Azur.

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Publications:
Le poids de la poussière accumulée (Recueil « Les femmes nous parlent »)
Éditions Phénix d’Azur – septembre 2016 – Recueil de nouvelles

Fers d’encre et de papier‏ (Recueil « Le chant du monde‏ »)
Éditions Rhubarbe – avril 2015 – Recueil de poèmes et de nouvelles

Jeux d’ombres et de lumière (Recueil « Derrière la porte… »)
Opéra Éditions – 14 novembre 2014 – Prix littéraire 2014

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Nouvelles de Martine Dardenne (Planète Opalie): Victor ou la vie derrière soi

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Je vais bientôt mourir” m’annonça-t-il en souriant.

Victor ne plaisante jamais, mais cette fois, je crus qu’il dérogeait à la règle. Au vu de son apparence physique plutôt guillerette pour ses 95 ans, l’idée même de sa mort prochaine ne pouvait m’effleurer.

Six ans que nous sommes voisins lui et moi. Avec sa stature militaire, ses costumes prince-de-Galles et ses éternelles chemises blanches, Victor est d’une rare élégance. Chaque fois que nous nous croisons, il a toujours ce geste courtois, ce petit mot un tantinet vieille France, qui me ravissent. Depuis quelques temps, il est vrai que je le vois moins souvent tailler ses rosiers ou prendre sa voiture. Mais il écoute toujours ses airs d’opéra, chaque après-midi.  Un jour je me suis inquiétée de le voir emmené par une ambulance. Mais il était revenu, frais comme un gardon pestant contre ces “sacrés toubibs qui ne voulaient pas le laisser sortir de l’hôpital”. Ah Victor ! Sans doute le plus ancien du quartier et assurêment mon préféré.

Ma petite fille aura un bébé en Décembre, je ne peux donc lui faire faux-bond, ce serait inconvenant de ma part. Mais après je mourrai. Ma vie est derrière moi et je ne veux pas devenir une charge.

J’eus beau paraître scandalisée par un tel discours et lui assurer qu’il ne dérangeait personne, que tout le monde serait ravi de lui venir en aide si besoin était, il resta ferme sur sa position.

Au moment où je m’apprêtai à prendre congé en lui souhaitant une bonne journée, je perçus une petite lueur malicieuse dans son regard : “j’attendrai janvier, pour vous présenter mes voeux”…

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Nouvelle de Carine (blog é(mots)tions): Dans le sillage de l’été

Dans le sillage de l’été

octobre

Quand on vient de Paris, on s’habitue au bruit, au tumulte. La frénésie des passants pressés, la vindicte des klaxons agacés. Les roues, les moteurs, les freins, les sirènes. Les cris. La pollution s’immisce jusque dans nos oreilles. On apprend à entendre avec. On ne la remarque plus. Sauf par effet de contraste.

Ici on n’entend que la paresse d’un petit matin d’octobre. Rien que la musique d’un dimanche paresseux qui s’éveille. Le soleil donne en plein sur la terrasse familiale. Il y a ceux qui lisent le journal et ceux qui profitent de l’été qui s’attarde, les yeux fermés. J’apprécie la qualité du silence. Je m’étonne de la finesse des sons qui m’arrivent. Je me rends compte de tout ce que j’ai oublié d’écouter, depuis des années.  J’arrive à distinguer les oiseaux par leur chant. Tourterelle, moineau, sansonnet, corbeau. Et tant d’autres que je ne reconnais pas. Un cliquetis métallique m’annonce le passage de cyclistes, leurs voix me font partager la complicité d’un père et de son fils, pendant les quelques secondes que dure leur passage le long du jardin. J’envie leur course dans les fraîcheurs d’automne, cette campagne qui se déploie sous leurs roues, ces coins de verdure dont ils s’emplissent les yeux pour mieux commencer la semaine. Au loin un clocher de village égrène les onze coups qui nous rapprochent de midi. J’imagine une place, une fontaine, des arbres dorés. Une agitation douce annonce le déjeuner dominical, des passants les bras chargés de pain, les voisins se saluent. Le temps flâne et s’étire dans les parfums de rôtis, de blanquette, de filets mignons. Octobre frissonne derrière un nuage et je me demande ce que je fous à Paris.

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Nouvelle de Martine Dardenne (Planète Opalie): « Pom, pom, pom »

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11_02On l’appelait « pomme », parce-qu’elle ramassait les pommes invendues sur le marché et ne quittait jamais son filet garni de pommes. Des pommes de toutes les couleurs. Des fraîches, des pourries. En marchant sur les trottoirs, elle croquait ses pommes. Il lui arrivait d’en offrir aux passants, qui généralement refusaient, sauf les enfants. Souvent je me suis demandée ce qu’elle mangeait, à part des pommes.

Ses longs cheveux tressés en une natte brune, son teint mat et ses yeux grands et graves comme des lacs, lui donnaient un air indien. Elle parlait peu, mais un sourire accroché à je ne sais quel doux souvenir, éclairait son visage en permanence. Son abri de fortune, c’était la porte cochère de l’école des beaux-arts. Sans doute parce-que les artistes ne rejettent pas les marginaux. Parfois on lui offrait un coin bien au chaud, au fond de la salle de dessin. Alors elle oubliait de manger ses pommes et observait. Ombres au fusain, pointillés de sanguine, dégradés et glacis, tout l’émerveillait. A l’heure de fermeture de l’école, elle partait sans faire de bruit.

La nuit, enroulée dans un duvet de montagne, elle se positionnait en foetus au creux de la porte cochère. Jamais elle n’acceptait la main tendue, même par temps froid. Personne n’osait la forcer ; on se contentait de lui tenir compagnie quelques minutes. Au petit matin, elle se déroulait, se frottait tout le corps et reprenait son errance.

Un matin d’octobre que je la croisais au marché, je lui offris ma plus belle Granny Smith et lui demandai son nom et d’où elle venait. D’une voix basse et posée , elle me répondit qu’elle avait oublié. Intriguée et émue, je lui proposai d’aller boire un chocolat chaud. Elle hésita un instant, me sourit et en ajustant son baluchon sur l’épaule, elle accepta.

Nous pénétrâmes dans un café du boulevard de l’Espérance. Je commandai deux chocolats, elle ajouta timidement « un chausson aux pommes« . Un tantinet amusée par cette obsession des pommes, je lui demandai ce qu’elle aimait dans la vie, à part ça et quel était son rêve. Elle répondit : »j’aimerais tellement avoir une cuisinière, avec un grand four, pour y cuire des pommes, avec du sucre roux et un soupçon de cannelle« … A mon humble avis, c’était sans issue.

Elle resta quelques instants le regard perdu, d’où coula un ruisseau de mélancolie. « Je possède un trésor, un rêve qui me visite chaque nuit. Je me dirige vers une porte en plein ciel, donnant sur un verger magnifique…Alors chaque jour, j’attends la nuit. »

Je ne sus que lui répondre. Nous nous séparâmes en nous promettant une prochaine rencontre. La semaine suivante, je traversais le marché qui se vidait. Les paysans du coin remballaient leurs invendus. Des fruits et des légumes souillés jonchaient le sol, que de pauvres ères s’empressaient de ramasser. Je la cherchais partout, mais elle avait disparu. Je ne sus jamais laquelle de nous deux était la plus paumée.


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Nouvelles beauceronnes n°25 : Thomas Martin, le paysan prophète de Gallardon


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Thomas Martin, le paysan prophète de Gallardon

 

Thomas Martin portait à merveille son patronyme. Martin reste le nom  le plus répandu, partant le plus commun  de l’hexagone. Ledit Thomas Martin est un  paysan né à Gallardon quelques années avant la Révolution. Il est mort dans la même commune à 61 ans, en 1834,  S’il avait une vocation, c’était a priori celle de  rester dans le plus profond anonymat.

En revanche, il n’aurait jamais dû porter ce  prénom  de Thomas , celui de l’ apôtre incrédule, celui -là même qui porta le  scepticisme jusqu’à toucher les plaies du Christ pour accepter l’idée de sa Résurrection. Thomas Martin était lui carrément un illuminé, un mystique qui prétendit  être témoin d’apparitions. Beati paupières spiritu, comme dit l’adage.

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Contrairement à Bernadette Soubirous ou à Thérèse de Lisieux, il eut ses visions sur le tard, à 33 ans, l’âge de la mort du Christ. Il faut dire que jusque là, rien dans sa vie n’avait attiré l’attention. Profession: paysan. Haricotier. Ne croyez pas qu’il cueillait des haricots pour Bonduelle en attendant leur fin. A en croire le Littré, un haricotier  se dit d’un « cultivateur qui laboure avec des haridelles et n’avance point dans son travail ; d’où haricotier, pauvre homme qui n’arrive point à faire ses affaires, qui tire le diable par la queue ».   Bref un bon à pas grand chose…

Fréquentait-il trop les bistrots de la commune? Une pierre de l’Epaule , cette tour de guet  à moitié écroulée si pittoresque , lui était-elle tombée sur le cigare? Toujours est-il il commença à se vanter d’échanges avec un être surnaturel. Pourtant Thomas Martin avait des ambitions sans doute assez modestes: il ne conversait ni avec le Christ ni avec la Vierge. Il sut se contenter de faire la causette avec  l’ange Raphaël. C’est toujours ça de pris…Les patrons devaient être occupés par d’autres tâches plus urgentes…

Saint Raphael et Tobie III

Sa description du soi-disant ange Raphaël n’est pas banale, pour ne pas dire qu’elle apparaît carrément folklo. Ceux qui imaginent la tenue classique avec tunique blanche repasseront: l’ange Raphaêl revu et corrigé par notre Thomas  a une redingote on ne peut plus bourgeoise et un chapeau haut-de-forme!  A se demander si les anges et archanges ne se ravitaillaient pas sur le catalogue de La Redoute, histoire de suivre une mode très parisienne… Il pourrait toutefois avoir une certaine allure  cet ange trônant au sommet du sapin de Noël… Pour le reste, cela laisse d’emblée un peu sceptique…

Ne doutant de rien, le brave Martin se la joue par la suite carrément Jeanne d’Arc: il se donne la divine mission de voir le Roi. Lequel n’est autre que Louis XVIII, ce roi corpulent et impotent que Victor Hugo lui-même traitait de « gros cochon ». On fait mieux pour l’image…  Notre brave Martin se persuade que son devoir est de  demander au suzerain de remettre de l’ordre dans le pays et de faire respecter le dimanche comme jour chômé pour honorer le Christ. Revendications qui n’ont somme toute rien de très révolutionnaires. 

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Le curé de Gallardon, l’abbé Laperruque (sic!) transmet la demande à l’évêque de Versailles, Mgr Louis Charrier de la Roche, incrédule. Pas du genre à gober n’importe quoi. Au point qu’il envoie le messager de l’ange à l’asile d’aliénés de Charenton, histoire de le faire examiner par des experts-psychiatres, des sommités de l’époque. Verdict sans appel, les spécialistes le déclarent sujet à une « manie intermittente avec hallucination des sens ». Logiquement, l’histoire aurait dû s’arrêter là. Avec prière pour Thomas de boire de l’eau et à son ange d’aller se rhabiller ou se faire plumer…

Or le Roi reçoit Thomas Martin en avril 1816, aux Tuileries. A huis-clos. Suivant les chroniqueurs de l’époque, Louis XVIII aurait été très ému par cet entretien. A-t-il été troublé par les révélations d’un sujet qui avait sûrement plus l’air d’un huluberlu que d’un nouveau prophète? C’est oublier le contexte de l’époque et l’opportunisme de tout politique. Et pour cause…

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Pour mémoire, il y a moins d’un an que Napoléon 1er a manqué son retour au pouvoir après son exil à l’île d’Elbe. Les Cent jours ont eu lieu entre mars et juillet 1815 .  La fatale bataille de Waterloo  le 18 juin. Il y a de la revanche dans l’air. Celle des Royalistes. Celle des Bourbons. Il s’agit pour les nobles de revenir sur les acquis de la Révolution et de retrouver tous leurs privilèges.

L’épisode dit de la « Chambre introuvable » est à cet égard on ne peut plus  emblématique. La Chambre  des députés élue les 14 et 22 août 1815, au début de la Seconde Restauration, comporte une majorité de députés royalistes, dits « ultras ». L’expression « chambre introuvable » est attribuée à Louis XVIII lui-même: il n’aurait pu en rêver une aussi favorable à son trône. Or le régime va très vite être confronté à cette chambre extrémiste, « plus royaliste que le roi ». Elle tente d’imposer une orientation contre-révolutionnaire.  Le roi lui-même est persuadé que cette initiative  est vouée à l’échec. Mais il commet l’erreur de nommer Fouché, un régicide, pour ministre.  Un crime de lèse-majesté, si l’on peut dire. Ladite Chambre siège du 7 octobre 1815 à avril 1816, au moment même où Louis XVIII reçoit donc Thomas Martin. Qui peut croire au hasard? La Chambre sera dissoute le 5 septembre et laissera place à une assemblée plus libérale.

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S’il n’était pas un aigle et qu’il avait sans doute un certain mal à gérer la situation, Louis XVIII néanmoins a sans doute compris qu’il était un levier sur lequel il pouvait compter: la Foi et la Religion. Les visions de Martin tombaient à pic. Presque trop. Elles sont en effet d’inspiration ultraroyaliste : pour expier les fautes de la Révolution , le monarque se doit de faire reculer l’impiété grandissante et de rétablir une monarchie stricte, inspirée constamment par la Foi. Du pain béni pour Louis XVIII qui, par ailleurs s’inscrit dans la tradition de la monarchie de Droit divin. N’oublions pas son explicite devise:  » « Union et oubli » : union des Français, oubli de la Révolution française et de Napoléon!

Qui était donc le plus naïf de Louis XVIII ou de Thomas Martin? Qui s’est servi de qui? Louis XVIII a parfaitement entendu les voix du calcul politicien. Comme celles de Thomas Martin correspondaient providentiellement à celles qu’il voulait entendre, il bénéficiait ipso facto d’une caution immanente. Le genre de truc qui ne se refuse pas, de bonne foi…ou pas!

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D’ailleurs la suite de l’histoire prouve que les voix divines sont impénétrables. A moins que…Louis XVIII resta toujours impopulaire, lui « l’immigré » qui devint le « Roi fauteuil » lorsqu’il fut cloué dans un fauteuil roulant à cause de la goutte. Entretemps, il navigua à vue entre les ultras et les libéraux, sans vraiment se situer ni réussir à imposer ses vues..

Quant à Thomas Martin, ce fut peut-être pire encore: il déclara une douzaine d’années plus tard  avoir accusé le roi d’avoir voulu faire assassiner Louis XVI en forêt de Rambouillet avant la Révolution, histoire de monter sur le trône plus vite. S’il a continué à être écouté et consulté dans les salons et dans les campagnes,  jusqu’à sa mort,  par des laïcs comme par  des ecclésiastiques, Thomas Martin « le paysan prophète  » est officiellement mort de congestion. Sa famille n’en crut rien et prétendit qu’il avait été en fait assassiné. L’autopsie ne put rien prouver. Le pouvoir se débarrassa-t-il finalement  de ce gêneur? L’ange Raphaël en avala-t-il son haut de forme? En tous les cas, lui non plus ne fit-il entendre parler de lui et ses demandes restèrent lettres mortes… Parfois on n’est pas plus prophète dans son pays qu’ailleurs et il ne reste plus qu’à prêcher dans le désert. Il suffit de croire aux mirages…

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Nouvelles de Martine Dardenne (blog: planète Opalie): « Un amant pas comme les autres »

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Des semaines longues comme des siècles s’étaient écoulées. Cette attente la minait jusqu’à la moelle et l’affaiblissait de jour en jour. Elle n’avait plus la force de scruter l’horizon et bientôt la résignation s’insinua. Il ne lui restait plus qu’à apprivoiser la nuit, question de survie.

Il est courant de croire que les choses arrivent au moment où l’on s’y attend le moins. Et ce fut précisément le cas. Un matin frileux comme tous les matins, à l’instant où le merle se mit à chanter, il ré-apparut.

Insouciant, taquin tel un enfant qui aurait fait une bonne blague, il se glissa jusqu’à elle. La douce chaleur de ses caresses eurent tôt fait de vaincre toute résistance. Emoustillée malgré elle, mue par un désir soudain, sans plus réfléchir elle se dénuda.

Comme par enchantement les rancoeurs avaient disparu, l’interminable attente oubliée. Ils étaient seuls au monde, réunis, enfin. Gourmande et ravie, elle savoura sans remord cette renaissance des sens.

Le temps s’arrêta mais les heures passèrent. Elle aurait voulu le retenir pour l’éternité, prête à toutes concessions. Mais elle sut qu’il repartirait, consciente de l’éphémère et certaine de sa trahison future. Supplier ne servirait à rien, elle ne maîtrisait pas la situation. L’empreinte sur sa peau serait son unique souvenir.

Le soleil n’étant pas un amant comme les autres, il a l’élégance de couvrir d’or celles qui l’adorent. A la fin du jour il s’éloigna puis s’évanouit dans la mer, comme certains fuient dans le silence.

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Merci une nouvelle fois à Martine pour sa plume ensoleillée. Retrouvez-la sur son blog:
 

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